Espèces d’ours !

Jeudi 2 mars 2017, 20h. Première chronique au Miroir des Sciences, sur Aligre FM, émission consacrée à la culture scientifique et animée par François Legrand.

Un pas vers l’oral et un grand plaisir radiophonique !

Après les mouches et les araignées, les cétacés et les grands singes, c’est au tour des ours de jouer les têtes d’affiche pour l’exposition temporaire de la Grande Galerie de l’évolution.

L’exposition commence par une interpellation, au pluriel : « Espèces d’ours ! ». Ensuite, il y a trois questions qui pourraient leur être posées : Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Où allez-vous, ours ? Ou plutôt, où allons-nous ensemble ?, A défaut de leur demander de répondre eux-mêmes, le Muséum national d’Histoire naturelle a largement mobilisé la diversité des savoirs présents dans ses laboratoires et ses collections pour les faire apparaitre dans toute leur épaisseur animale. Continuer la lecture de « Espèces d’ours ! »

Europe

Mon cœur est un ancien passage
De suie les joues couvertes,
Où de grands cils chassent la glace.
Ballast, asphalte, basalte, balafres.

Depuis longtemps ça cautérise,
Mais la route ne saigne plus
Les pas d’errants l’ont tamisée
Voile d’ocre sur terre froide.

Mon cœur est un colis piégé
Les montagnes font une couronne
Aux genoux qui pleurent, qui enragent
Traversent et se dérobent,

Nageurs téléguidés
Vers le dedans d’un monde
Qui les refoule
Et avec eux se désagrège.

Mon cœur est un océan calme
Voile blanc sur l’œil de la marée
Espace clair et clément,
Rives sensibles à parcourir,
Où se cueillent les appâts perdus.

Alimentation – excrétion

Ce texte, qui évoque la question du métabolisme urbain, forme le premier épisode de la série Dérives. Cette série est dédiée à une compréhension non linéaire des phénomènes écologiques. Une explication plus précise de la méthode viendra plus tard.

Pour l’instant contenons nous de traverser, laissons-nous traverser.

Le corps de la question

L’alimentation est connotée positivement et l’excrétion, négativement. Ainsi les réflexions concernant le métabolisme urbain sont prises dans l’asymétrie qui enserre les fonctions nutritives du corps dans une flèche unique de la bouche à l’anus. Dans ce contexte comment avancer sereinement vers l’idée de recyclage des résidus humains, urine, fèces, pourtant essentiel à une insertion moins problématique des activités humaines dans les grands cycles biogéochimiques ?

A ce propos Fabien Esculier, responsable du projet de recherche OCAPI (Optimisation des cycles carbone, azote et phosphore en ville) se pose une question : Est-il possible de mettre un mot sur l’ensemble de ces flux qui traversent le corps et le relient matériellement au milieu dans lequel il évolue ? Quelles pourraient être les implications éthiques de la diffusion d’une telle perspective ? Nous y avons réfléchi ensemble en nous alimentant tous les deux de concert un midi froid d’hiver. Plus tard en digérant, l’écrit a pris le relai. La suite viendra peut-être dans un prochain épisode de la série « Dérives ».

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Ressac

Cela se tisse toujours. Ce qui revient toujours au même, n’est pas nécessairement un cercle. Dans les tapis d’Orient les motifs emmènent l’œil et la main toujours un peu plus loin. A la surface de la peau, l’agitation, les petits pics nerveux moutonnent. Les doigts s’enfoncent un peu plus loin dans le dessin. Ils trouvent ridules et vagues, fréquences de plus en plus basses jusqu’aux plus grandes récurrences, lames de fond, séismes.

A la surface l’araignée s’attarde, sur les tempes, le bout de ses pattes mouillées me sondent, délicates, écoutent. La confusion règne en couronne et l’onde de choc se rapproche encore, promesse de submersion soudaine et définitive. Pourtant pour le moment elle s’arrête toujours avant l’impact attendu, projection transitoire, là sur l’écran qui prend un peu la lumière. Filtre temporaire. Que l’écran tombe et elle poursuit sa course jusqu’au fondu au noir. Continuer la lecture de « Ressac »

La mangeuse de mots

Court-circuit général sur l’avenue des Gobelins. La mente religieuse dans sa grande robe verte fait sa promenade du matin. Sa silhouette immense et sinueuse s’avance parmi les passants. Elle se glisse entre les badauds et les gens pressés du matin qui causent, le nez dans leur sac, le sac sur le coude ou dans le dos, le téléphone portable coincé entre menton et clavicule. Ou encore. La main dans la main et les pieds au même rythme, pour ceux qui sont des amoureux et se dirigent vers un bon café sur une terrasse ensoleillée. Chorégraphie à deux ou plusieurs. Deux c’est déjà plusieurs.

Le soleil inonde le trottoir et rend les pensées légères. Elles s’abandonnent les unes aux autres, elles se mélangent, dessinant peu à peu un tissu sans couture. Les mots prononcés s’entremêlent et coulent, circulent d’une bouche à l’oreille suivante, et cela forme une rivière à l’eau bien claire et tourbillonnante. En somme, tous les gens se comprennent. Ou du moins le croient-ils.

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Son vœu le plus cher

Son vœu le plus cher était de vivre dans une bibliothèque. Mais il avait peur de vite oublier l’emplacement de la sortie.

Son vœu le plus cher était d’apprendre le nom des constellations tout en nageant le dos crawlé. Mais difficile de lire en nageant. Ou alors, avec un système de lecture spécial, accroché autour du cou comme un porte harmonica ? Malheureusement il y avait trop de vagues dans la mer. Sur un étang peut être ? Mais il aurait largement  fini de traverser avant d’avoir pu tout  apprendre.

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L’anguille

Au temps dont nous parlons, difficile à situer, Paris est comme une grande gorge entourée de collines. Il y a beaucoup de poissons dans le canal Saint-Martin. L’eau y coule vite et  aussi bien que dans une rivière, car les sources de Belleville et de Ménilmontant forment des cascades qui s’y déversent à l’aise. Dans le canal qui n’en est pas vraiment un, on pêche l’anguille.

 Ce jour-là, il pleut. Mandarine a mis son ciré pour aller discuter avec les pêcheurs.

Elle habite en haut de l’une des collines escarpées de la ville. Elle est installée avec sa mère dans une petite maison au bord d’une rue qui est aussi un rû c’est-à-dire un petit ruisseau, un ruisselet, où l’eau ruisselle, en émettant un léger bruit de rire d’enfant. Pour cette raison on appelle cette rue, la rue des Rigoles. Mandarine qui est une enfant très joyeuse mêle souvent son rire au rire de la Rigole.

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