« Tous chercheurs » ou la quête du dragon d’eau douce

Quel liens peut on dessiner entre l’univers chevaleresque et celui de la recherche scientifique ? Ne serait-ce pas, peut-être…la quête de vérité ?

« Tous chercheurs » est un projet pédagogique qui permet de jouer – mais sérieusement – au scientifique,  dans une installation équipée « comme un vrai » labo de biochimie. Animée par des médiateurs, la petite école est installée à Vittel, station thermale de haut renom. Elle fait découvrir aux ados la démarche scientifique en les immergeant pour des stages de quelques jours dans le monde de l’étude des relations entre eau et environnement. A « tous chercheurs », ce sont donc les jeunes qui posent les questions…et qui trouvent les réponses.

Lancée à Marseille avec l’INSERM il y a une dizaine d’années, l’initiative a essaimé en Lorraine. Là trois lieux ont vu le jour depuis 2016, à Metz, Nancy, et Vittel. A Nancy c’est l’INRA qui est aux manettes pour travailler sur les sciences forestières. Sous tutelle de l’association La Vigie de l’Eau, le laboratoire Tous Chercheurs de Vittel propose des stages autour du thème de l’eau et de l’environnement. Ce sont des médiateurs professionnels mais aussi et surtout des doctorants qui encadrent les stages. Face aux enfants, ils n’ont pas le droit de donner de réponses. Ce sont les jeunes qui cherchent, avec les moyens à leur disposition. Ils ne transmettent pas un savoir mais une méthode d’interrogation du réel.

Les enfants « se mettent dans la peau des chercheurs ».

Cela renvoie d’abord à la démarche d’enquête. Comme une intrigue, elle commence par une situation initiale : ici, une rivière avec des poissons morts qui flottent à la surface. Une anormalité, u mystère à éclaircir. Et donc, une question. A partir d’une situation qui leur est proposée, et d’un premier point d’interrogation, les enfants sont amenés à reformuler progressivement la question pour arriver à la démarche d’enquête : le premier mystère est évident : « pourquoi les poissons sont-ils morts ? ». A partir d’une série d’indices, il amène progressivement à une prise plus précise : « d’où vient la pollution de la rivière ? ». Enfin, un angle se dessine, la question trouve sa cible : « est-ce que les engrais azotés peuvent polluer une rivière au point d’y faire mourir les poissons, et à quelles conditions ? » Nous voici avec une question articulée. Il va être possible d’y répondre en employant des instruments d’exploration du réel…

Apprendre à frayer…avec l’angoisse et les problèmes du temps présent

Faisons ici une parenthèse. Pourquoi traiter d’un sujet aussi glauque, négatif, anxiogène ? Pourquoi ne pas traiter de façon générale de la biochimie des rivières ? C’est que la démarche scientifique telle qu’elle est présentée à Vittel n’est pas coupée de son contexte…un rôle important. En effet la question de la pollution de l’eau aux nitrates a été en effet à l’origine de l’installation d’un partenariat, il y a plusieurs dizaines d’années, entre des chercheurs de l’INRA, l’entreprise qui utilise cette ressource, les agriculteurs du périmètre concerné. Des travaux de recherche qui ont marqué l’histoire – la première « directive nitrate » en découle directement – ont vu le jour à partir de ce problème très concret et localisé : un excès de nutriments lessivés depuis les champs jusqu’aux cours d’eaux et aux nappes phréatique, déséquilibrait les écosystèmes aquatiques et aussi, rendait l’eau minérale invendable.

Avec la vigie de l’eau, l’initiation à la démarche scientifique forme donc aussi un moment éducatif en un double sens : il entre à la fois dans le champ de la médiation scientifique et de l’éducation à l’environnement… Dont on pourra discuter si le moment s’y prête ou pas. Sur ce sujet les avis divergent et pour ma part je ne trancherai pas.

L’eau à la loupe : la démarche expérimentale

Revenons à présent au chemin qui va de la rivière à la paillasse. A partir d’un problème, sont posées les premières briques de la démarche scientifique : de l’art de transformer et spécifier une question de manière à pouvoir y répondre en prélevant dans le monde réel des informations. Ici cela sera fait à l’aide d’une démarche particulière, la démarche expérimentale, qui permet de reproduire le système étudié en laboratoire afin d’en saisir les mécanismes de fonctionnement.

Après l’affutage du pourquoi, vient donc le comment, et l’enquête devient quête. Quête de données, qui permettront de faire la lumière sur les eaux sombres du cours d’eau où s’accumulent les nutriments lessivés depuis les sols des prairies alentour.

Comme des chevaliers partant à la caverne au dragon, les chercheurs en herbe ont besoin d’une armure, autrement dit, d’outils : le décor, le costume enrichissent donc le jeu de rôle, encadrent aussi l’enquête. La blouse blanche, la paillasse, la verrerie, la centrifugeuse. Les réactifs. Et puis la propipette, cet ustensile qui ressemble à un gros stylo bille et permet de mesurer de minuscules quantités de liquides.

Ces objets dessinent un archétype du laboratoire : celui qu’on voit dans les livres d’images, dans les Légos, les Playmobils, et aussi dans la plupart des médias. On s’attendrait presque à voir un placard plein de perruques grises et de paires de lunettes cerclées d’or. Ce sont les « signes » et les insignes d’une activité professionnelle qui reste prestigieuse, comme l’épée et l’armure sont l’apanage du chevalier.

Si j’ai parlé du dragon ce n’était pas juste par nostalgie. En effet plusieurs philosophes très sérieux utilisent cette image pour parler d’une idée bien particulière : l’incertitude. Et que demande-t-on aux sciences si ce n’est de réduire l’incertitude, de l’apprivoiser, ou bien plutôt, de lui couper la tête ?

En s’installant dans un laboratoire de biochimie, le dispositif « Tous chercheurs » donne l’occasion de découvrir le jeu avec l’incertitude selon un angle précis : celui de la démarche expérimentale, une réflexion appuyée sur l’observation instrumentée et quantifiée de l’environnement.

Il y a d’autres façons de traiter avec l’incertitude en sciences, néanmoins. Et cette démarche pédagogique active pourrait ici trouver des enrichissements. Au laboratoire où je travaille par exemple, les seuls instruments que nous côtoyons sont les ordinateurs, les serveurs – et toujours du papier, des stylos… Car mes collègues sont pour la plupart ce qu’on appelle des « modélisateurs ». Ils travaillent à partir de grandes bases de données collectées de manière décentralisée. Et pour y comprendre quelque chose, ils produisent des modèles, des simulations – ils travaillent à l’interface entre monde réel et monde virtuel, réalité augmentée via une démarche de démultiplication qui permet de dessiner des scénarios, autrement dit des prolongements dans le futur, de les éprouver, et ainsi de nous aider à comprendre le monde réel et les phénomènes actuels. Et puis il y a ce qu’on appelle les démarches qualitatives d’enquête, essentiellement présentes en sciences sociales, géographie, histoire, sociologie, ethnologie. Elles s’appuient sur des dialogues, des témoignages, sur des textes, des archives…

La découverte de la démarche scientifique par immersion a donc tout intérêt à élargir aussi ses ailes au-delà de l’expérimentation à l’échelle moléculaire, pour mettre en avant la diversité des outils à notre disposition pour chercher à comprendre collectivement, avec rigueur et pertinence, le monde qui nous entoure.

« Tous chercheurs » est un projet pédagogique qui permet de jouer – mais sérieusement – au scientifique,  dans une installation équipée « comme un vrai » labo de biochimie. Animée par des médiateurs, la petite école est installée à Vittel, station thermale de haut renom. Elle fait découvrir aux ados la démarche scientifique en les immergeant pour des stages de quelques jours dans le monde de l’étude des relations entre eau et environnement. A « tous chercheurs », ce sont donc les jeunes qui posent les questions…et qui trouvent les réponses.

Lancée à Marseille avec l’INSERM il y a une dizaine d’années, l’initiative a essaimé en Lorraine. Là trois lieux ont vu le jour depuis 2016, à Metz, Nancy, et Vittel. A Nancy c’est l’INRA qui est aux manettes pour travailler sur les sciences forestières. Sous tutelle de l’association La Vigie de l’Eau, le laboratoire Tous Chercheurs de Vittel propose des stages autour du thème de l’eau et de l’environnement. Ce sont des médiateurs professionnels mais aussi et surtout des doctorants qui encadrent les stages. Face aux enfants, ils n’ont pas le droit de donner de réponses. Ce sont les jeunes qui cherchent, avec les moyens à leur disposition. Ils ne transmettent pas un savoir mais une méthode d’interrogation du réel.

Les enfants « se mettent dans la peau des chercheurs ».

Cela renvoie d’abord à la démarche d’enquête. Comme une intrigue, elle commence par une situation initiale : ici, une rivière avec des poissons morts qui flottent à la surface. Une anormalité, u mystère à éclaircir. Et donc, une question. A partir d’une situation qui leur est proposée, et d’un premier point d’interrogation, les enfants sont amenés à reformuler progressivement la question pour arriver à la démarche d’enquête : le premier mystère est évident : « pourquoi les poissons sont-ils morts ? ». A partir d’une série d’indices, il amène progressivement à une prise plus précise : « d’où vient la pollution de la rivière ? ». Enfin, un angle se dessine, la question trouve sa cible : « est-ce que les engrais azotés peuvent polluer une rivière au point d’y faire mourir les poissons, et à quelles conditions ? » Nous voici avec une question articulée. Il va être possible d’y répondre en employant des instruments d’exploration du réel…

Apprendre à frayer…avec l’angoisse et les problèmes du temps présent

Faisons ici une parenthèse. Pourquoi traiter d’un sujet aussi glauque, négatif, anxiogène ? Pourquoi ne pas traiter de façon générale de la biochimie des rivières ? C’est que la démarche scientifique telle qu’elle est présentée à Vittel n’est pas coupée de son contexte…il y joue un rôle important. En effet la question de la pollution de l’eau aux nitrates a été à l’origine de l’installation d’un partenariat, il y a plusieurs dizaines d’années, entre des chercheurs de l’INRA, l’entreprise qui utilise cette ressource et les agriculteurs du périmètre concerné. Des travaux de recherche qui ont marqué l’histoire  ont vu le jour à partir de ce problème très concret et localisé : un excès de nutriments lessivés depuis les champs jusqu’aux cours d’eaux et aux nappes phréatique, déséquilibrait les écosystèmes aquatiques et aussi, rendait l’eau minérale invendable. La première « directive nitrate » découle des enquêtes menées en ces lieux. Il faudra reparler plus tard des rapports de pouvoirs au coeur du partenariat entre les différents protagonistes cités plus haut. Mais cela ne change rien aux conséquences sur la qualité de l’eau : elle est meilleure qu’avant !

Avec la vigie de l’eau, l’initiation à la démarche scientifique forme donc aussi un moment éducatif en un double sens : il entre à la fois dans le champ de la médiation scientifique et de l’éducation à l’environnement… On pourra discuter si le moment se prête ou pas au mélange. Sur ce sujet les avis divergent et pour ma part je ne trancherai pas.

L’eau à la loupe : la démarche expérimentale

Revenons à présent au chemin qui va de la rivière à la paillasse. A partir d’un problème, sont posées les premières briques de la démarche scientifique : de l’art de transformer et spécifier une question de manière à pouvoir y répondre en prélevant dans le monde réel des informations. Ici cela sera fait à l’aide d’une démarche particulière, la démarche expérimentale, qui permet de reproduire le système étudié en laboratoire afin d’en saisir les mécanismes de fonctionnement.

Après l’affutage du pourquoi, vient donc le comment, et l’enquête devient quête. Quête de données, qui permettront de faire la lumière sur les eaux sombres du cours d’eau où s’accumulent les nutriments lessivés depuis les sols des prairies alentour.

Comme des chevaliers partant à la caverne au dragon, les chercheurs en herbe ont besoin d’une armure, autrement dit, d’outils : le décor, le costume enrichissent donc le jeu de rôle, encadrent aussi l’enquête. La blouse blanche, la paillasse, la verrerie, la centrifugeuse. Les réactifs. Et puis la propipette, cet ustensile qui ressemble à un gros stylo bille et permet de mesurer de minuscules quantités de liquides.

Ces objets dessinent un archétype du laboratoire : celui qu’on voit dans les livres d’images, dans les Légos, les Playmobils, et aussi dans la plupart des médias. On s’attendrait presque à voir un placard plein de perruques grises et de paires de lunettes cerclées d’or. Ce sont les « signes » et les insignes d’une activité professionnelle qui reste prestigieuse, comme l’épée et l’armure sont l’apanage du chevalier.

Si j’ai parlé du dragon ce n’était pas juste par nostalgie. En effet plusieurs philosophes très sérieux* utilisent cette image pour parler d’une idée bien particulière : l’incertitude. Et que demande-t-on aux sciences si ce n’est de réduire l’incertitude, de l’apprivoiser, ou bien plutôt, de lui couper la tête ?

En s’installant dans un laboratoire de biochimie, le dispositif « Tous chercheurs » donne l’occasion de découvrir le jeu avec l’incertitude selon un angle précis : celui de la démarche expérimentale, une réflexion appuyée sur l’observation instrumentée et quantifiée de l’environnement.

Il y a d’autres façons de traiter avec l’incertitude en sciences, néanmoins. Et cette démarche pédagogique active pourrait ici trouver des enrichissements. Au laboratoire où je travaille par exemple, les seuls instruments que nous côtoyons sont les ordinateurs, les serveurs – et toujours du papier, des stylos… Car mes collègues sont pour la plupart ce qu’on appelle des « modélisateurs ». Ils travaillent à partir de grandes bases de données collectées de manière décentralisée. Et pour y comprendre quelque chose, ils produisent des modèles, des simulations – ils travaillent à l’interface entre monde réel et monde virtuel, réalité augmentée via une démarche de démultiplication qui permet de dessiner des scénarios, autrement dit des prolongements dans le futur, de les éprouver, et ainsi de nous aider à comprendre le monde réel et les phénomènes actuels. Et puis il y a ce qu’on appelle les démarches qualitatives d’enquête, essentiellement présentes en sciences sociales, géographie, histoire, sociologie, ethnologie. Elles s’appuient sur des dialogues, des témoignages, sur des textes, des archives…

La découverte de la démarche scientifique par immersion a donc tout intérêt à élargir aussi ses ailes au-delà de l’expérimentation à l’échelle moléculaire, pour mettre en avant la diversité des outils à notre disposition pour chercher à comprendre collectivement, avec rigueur et pertinence, le monde qui nous entoure.

*Voir par exemple Tim Ingold, 2013. Marcher avec les dragons. Zones sensibles

Image : Entremêlés

Quand on parle de sciences en Bretagne…

Chronique de rentrée pour Le miroir des sciences, Aligre Fm. 5 octobre 2017. Emission animée par François Legrand

Quand on parle de sciences en Bretagne, quelques images viennent à l’esprit et s’entrechoquent…

Si on place les traits saillants pour les sciences du territoire Breton sur une frise temporelle on peut remonter fort loin : 500 millions d’années, pour vivre l’érection du massif armoricain, 5000 ans avant notre ère, pour voir se dresser les 3000 menhirs de Carnac et autres mégalithes de la civilisation néolithique. Et puis 50 ans, pour voir peu à peu s’ériger les fleurons du secteur agroalimentaire et le modèle breton d’une agriculture industrielle aujourd’hui sujet à controverse. Dans l’édition 2017 de la fête de la science on retrouve ces moments forts de l’histoire de la Terre et bien d’autres. La Bretagne est un territoire aux visages multiples. De la forêt de Brocéliande au terminal soja du port de Brest, elle n’a pas fini de nous réserver des surprises. Voici donc un tout petit aperçu des acteurs et des thèmes de la fête de la science à l’Ouest du pays…

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Big band data Bang !

Episode 1 : Le hoquet de l’octet.

Assistons ensemble à une scène, juste pour jouer. Comme un coup de pistolet dans l’eau…Ça commence et ça termine par une rengaine, chantée en sourdine et en chœur : « On n’arrête pas le progrès… » Ils ont le crâne transparent. A l’intérieur ça connecte et ça crépite.

Et puis en face, ça vocifère. Quelques voix tendres, tendues, stridentes : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? » Et le chœur de murmurer : « Ôôôôôô… les pisse-froid … »

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Correspondances (académiques)

Note introductive : ce texte parle du parcours des jeunes chercheurs, et des difficultés de travailler dans une atmosphère coopérative et un minimum sereine, pendant et après le doctorat. Il est critique. Mais il ne s’agit pas de mettre les personnes individuellement en cause, ni de régler aucun compte. J’ai été pour ma part mieux entourée que la moyenne, peut-être, même si personne n’est parfait, et j’ai aussi mes propres travers. C’est une analyse en écho d’une réflexion collective, elle repose sur un ensemble de discussions partagées avec des camarades, amis, collègues, au fil des ans, je les en remercie. Allons-y.

Dans mon travail et ma vie quotidienne, j’ai un horizon en tête : participer à la prise en charge responsable et équitable de nos milieux de vie. Et nous sommes nombreux dans ce cas. C’est un large horizon, de quoi occuper toute une vie et persister à se sentir poussière.

On dit qu’il y a un chercheur pour chaque grain de sable sur la plage. Grain de sens parmi les autres grains. Alors j’ai longtemps vu le statut de chercheur comme un bon moyen pour rouler vers mon horizon, cette marée montante, celle des futurs possibles. Dit autrement, un bon moyen pour travailler à la mise en commun des ressources et des savoirs sur l’environnement, pour en prendre mieux soin. Cela semblait logique. Mais ça ne l’est pas. Continuer la lecture de « Correspondances (académiques) »

Art et science de la vie synthétique

A écouter le 22 juin prochain à 20h. Ma chronique mensuelle au Miroir des Sciences, sur Aligre FM  !  Merci à François Legrand pour l’invitation.

Qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que le vivant ? Ou commence-t-il ? Ou s’arrêtent-ils, les êtres vivants ? Jusqu’où est-il possible d’intervenir sur le monde vivant ? Jusqu’où est-ce raisonnable ? Aujourd’hui, nous vous proposons quelques considérations autour d’une nouvelle pratique de laboratoire nommée « biologie de synthèse », qui se donne comme horizon de fabriquer des nouveaux êtres vivants artificiellement.

Fabriquer un être vivant : n’y a-t-il pas là un genre de contradiction ?

En effet,  par définition, les êtres vivants se reproduisent d’eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin justement qu’on les fabrique. Ils s’opposent en cela aux artefacts, aux choses faites, aux objets que les humains façonnent. Pourtant, notre espèce – car nous sommes, nous même, des êtres vivants – transforme depuis longtemps et profondément les milieux de vie qu’elle a colonisé, pensons par exemple à la chasse des grands herbivores, mammouths, aurochs et d’autres, au paléolithique. Puis vint la domestication : nouvelle étape. Elle entraîne par sélection la formation de nouvelles lignées végétales et animales, veaux, vaches, cochons. Les mains humaines façonnent les êtres sur le temps long en jouant avec les mécanismes de l’évolution.

Et les biotechnologies, où les placer dans cette histoire ?

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Le corps de la ville vacille

En ombre, aux vitres, trois pas devant
Des personnages se tendent la main
Se passent la parole.

Sous terre s’entrelacent plusieurs respirations.
Le récit d’une colère ancienne et profonde
venue s’échouer par la récitation,
s’épuiser là sous la peau de l’homme pierre.

Vestige
Vertige
Vieilles douleurs.

La ville s’est vidée de son eau, se dilue dans les vagues.
Le corps de la ville se dissocie sans cesse.

L’éclat de la coque du navire vacille.

Le temps stroboscopique ramène, de bribe en bribe, les peurs accumulées.
Temps de bête acculée au pied d’un mur noir.
Qui laisse pousser de grandes ailes de nuit pour effacer l’image.

Que cela s’effondre, enfin, que cela s’enfonce dans le sable.
Que ce qui tenait droit s’effrite, se défasse des liens.
Qui enserraient, laçaient, lacéraient.
La gorge, le cou, les reins, les pieds.

A l’intérieur de l’homme refuge
La patience du regard a repéré les brèches,
Par où cela s’écoule.
Par où cela respire.

Avoir prise : l’atelier paysan

L’atelier paysan est une coopérative. Une coopérative qui ne vend ni grain, ni vin, ni huile…ni contrat d’assurance. Cette coopérative là, son horizon est le suivant : faire la promotion de l’auto-construction de matériel agricole. Depuis deux ans elle organise des rencontres annuelles. Moments d’apprentissage intense, sur quelques jours regroupés à la ferme. Au menu : initiation aux techniques de travail du métal, ateliers de bricolage de machines pour ceux qui s’y connaissent déjà, débats et conférences, dégustation de vins, concerts.

L’année dernière en 2016 la première édition a rassemblé quelques centaines de mains, de têtes et de pieds dans le coin de Cluny. Première rencontre pour moi avec la forge, l’arc à souder. Rencontre avec un mode d’apprentissage qui agit tout le corps entre maniement des machines et pensées qui s’assemblent. Changement de terreau pour l’urbaine de souche. Je m’intéresse aux questions agricoles, je peux en discuter longtemps mais je n’ai jamais rien fait pousser de comestible. En pratique je n’y connais pas grand-chose. Je n’ai jamais eu de potager, même pas sur mon balcon, je n’ai jamais eu de balcon. J’ai toujours vécu en appartement et je ne sais pas faire pousser autre chose que les plantes tropicales qui supportent la vie confinée des bords de fenêtres. Alors les machines agricoles… Continuer la lecture de « Avoir prise : l’atelier paysan »

La vie secrète des arbres : quand les forêts parlent et pensent

Jeudi 27 avril 2017, 20h. La chronique mensuelle au Miroir des Sciences, sur Aligre FM  !  Merci à François Legrand. Aujourd’hui un contrepoint végétal à l’histoire de la physique des particules. Un point commun entre plantes, électrons et positrons ? On ne les voit pas bouger !

Ces derniers temps de nombreux livres sont venus élargir nos perspectives sur les arbres et les forêts : Plaidoyer pour l’arbre, La vie des arbres, Un an dans la vie d’une forêt, La douceur de l’ombre…et maintenant La vie secrète des arbres. Paru cette année, c’est un livre écrit par Peter Whohlleben, un ancien forestier allemand converti à l’écologie. Déjà traduit en 32 langues, il a reçu un énorme accueil en Allemagne mais aussi aux Etats-Unis. Il arrive juste en France aux éditions des Arènes. Un livre qui nous parle d’un monde où les arbres, en quelque sorte, souffrent, parlent et pensent.

On aurait jusqu’ici sous-estimé les plantes ?

C’est le point de vue de Peter Whohlleben. Il n’est d’ailleurs ni le seul ni le premier à l’affirmer. En France c’est surtout les travaux de Francis Hallé qui ont entrepris de « réhabiliter » la flore, taxée d’infériorité vis-à-vis du règne animal en raison de son plus grand éloignement avec l’être humain, du point de vue fonctionnel et évolutif. Un effet donc, de l’anthropocentrisme, une façon de lire le monde en mettant notre espèce au centre. Un effet aussi du grand décalage de « rythme » entre les plantes et les humains qui fait qu’on ne perçoit que mal leurs « agissements » tant leur immobilité apparente nous les fait croire passives. Question de référentiel donc : à l’échelle humaine, les mouvements, voire les intentions, qui animent les plantes, sont difficiles à sentir. Continuer la lecture de « La vie secrète des arbres : quand les forêts parlent et pensent »

Algorithmes et rencontres végétales

Jeudi 30 mars 2017, 20h. Retour au Miroir des Sciences, sur Aligre FM. Les chroniques à l’Agenda des cultures scientifiques se poursuivent au rythme d’une par mois  !  Merci à François Legrand.

Aujourd’hui nous parlons d’applications botaniques en partage. Alors que Tela Botanica lance une nouvelle application de découverte botanique, Smart’flore, partons retrouver sa grande sœur, PlantNet, qui inaugurait il y a quelques années la reconnaissance automatique des plantes.

C’est toujours semble-t-il une appli naturaliste d’un genre atypique. Un rêve de geek enfin en passe de devenir réel ?

 Mon premier réflexe en apprenant l’existence de PlantNet a été : encore ? C’est vrai qu’aujourd’hui des applications mobiles pour partir en ballade « équipé » il y en a autant que de pâquerettes et de pissenlits au bord des chemins. Puis j’ai lu « automatique » ! Et je me suis dit qu’il fallait aller y voir d’un peu plus près.

 Si on devait faire son portrait en deux mots ?

PlantNet, c’est un peu un hybride entre Instagram – cette appli qui permet de mettre en ligne des centaines de photos de son quotidien et disons…Tinder par exemple. Un coup de pouce aux  rencontres amoureuses pour les belles plantes croisées chemin faisant… un filtre d’amour végétal basé sur des algorithmes… Brassens ne renierait pas, peut-être, lui qui courait aussi bien les violettes que les pervenches et les pétales de rose…

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