Les circuits imprimés vont se mettre au vert

Chronique du 5 avril pour le Miroir des sciences, Aligre Fm. Emission en réécoute ici.

L’apprentissage des sciences par la technique prend parfois des chemins inattendus…cap à l’ouest avec l’Open Factory de l’université de Brest et la tournée bretonne de l’Atelier paysan.

Pour introduire cette chronique je vous propose d’abord un petit retour vers le futur. Vous rappelez vous Mad Max, cette trilogie de science fiction des années 1980, avec Mel Gibson et Tina Turner ? Pour ceux qui s’en souviennent, dans cette traversée du désert post-apocalytpique, l’essence est la seule richesse qui vaille, et pour se déplacer, qui tient le pétrole tient tout. Un univers futuriste sans vaisseaux spatiaux ni intelligence artificielle, comme on dit, mais quand même, plein d’imagination ! Et c’est bien ce qu’on demande à la SF, de nous projeter dans l’avenir…D’ailleurs, ils avaient vu juste dans mad max, quand ils nous montraient comment produire de l’énergie avec du lisier de cochon…c’était dans les années 1980. aujourd’hui c’est monnaie courante…Ainsi, la SF nous parle de sciences en s’appuyant sur une mise en scène d’innovations techniques. Qui n’existent pas encore…mais qui pourraient peut-être, avec un peu d’imagination…

Et au présent alors ? L’apprentissage scientifique par l’expérimentation technique, ça donne quoi ? C’est le credo de ce qu’on appelle depuis la fin des années 1990, les fab lab. Autrement dit laboratoire de fabrication. Continuer la lecture de « Les circuits imprimés vont se mettre au vert »

L’enseignement numérique et ses facettes : MOOCeries

Chronique pour l’émission Le Miroir des sciences, Aligre.fm, 25 janvier 2018. Au choix écouter ou lire…. 🙂

Le numérique s’invite en classe par bien des entrées. Les murs, les portes, les fenêtres. Nous ne parlerons pas aujourd’hui des tableaux noirs connectés destinés, peut-être, à remplacer les ardoises. C’est le web qui nous aiguille, la grande toile tricotée de serveurs, satellites. Nous allons parler d’enseignement virtuel et plus précisément, des MOOC pour « massive open online course ».  C’est la bonne saison pour le faire.

Vous avez noté la neige, qui tombe, dehors ? Non ? Bon. Pourtant c’est l’hiver, c’est-à-dire : le temps des partiels. Les étudiants dissertent, cochent des cases, se livrent à de délicieux exercices de styles. Les enseignants se noient sous les piles de copies de plusieurs mètres de haut. C’est ça aussi, la transmission des savoirs. L’université. Ah…l’université. Institution vénérable, jadis de pierre et de bois, aujourd’hui de béton, carrelage et formica. Demain de fibre optique ?

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Bientôt

Jean se tient debout devant la porte de la boutique. Les montants ouvragés dessinent des joncs et de grands iris d’eau. Il attend patiemment. Il porte une barbe splendide, un peu trop abondante, un regard doux. Le soleil  en oblique sur la vitre lui masque son propre visage mais il en connait tous les contours. Sur le trottoir à pas rapide un homme passe sans le prendre en compte. En habit du dimanche. Pressé par l’urgence d’une colère le reflet brusque de l’homme dans la vitrine a disparu bien vite.

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Celle qui ne fut pas construite

A propos de la commémoration d’aout 2017 de la mobilisation contre la construction d’une centrale nucléaire à Plogoff à la fin des années 1970,  avec l’association « Plogoff, mémoire d’une lutte », sur la baie des trépassés.

Le cercle est largement plus grand que n’importe qui parmi nous. L’assemblée des militants, des amis et des curieux ne suffit pas à en faire le tour et pourtant comme il reste infiniment petit ce cercle, sans rivalité possible avec l’impact de toute les explosions d’atomes, civils ou militaires. Infiniment petit. Quand même ici d’autres énergies se mettent encore en commun des millions de minutes après le premier choc, ces cercles petits, s’entrelacent et s’entraînent les uns les autres comme en poulie. Comme en pluie de secondes qui s’égrènent, arcs emboités, lentille grossissante sur les moments passés. Cela fait trente ans, il faudra se souvenir encore longtemps.

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Ethno-fictions…Jean Rouch a cent ans

Chronique pour Le miroir des sciences, Aligre Fm. 30 novembre 2017. Emission animée par François Legrand.

A écouter dans l’ambiance… ou lire en image…

Les sciences dans le fond, qu’est-ce-donc ? Il faut le redire. Toujours et encore, décrire le monde. Tâcher de le comprendre collectivement. De trouver là-dedans quelque chose d’universel, qui nous réunisse et nous fasse progresser ensemble, nous les humains…Or il y a mille manières de décrire le monde, mille outils pour le faire. La caméra en est un.

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Feu / Mer

Tout ce qui est à moi est à toi grande cigale
Brûlons par les deux bouts
Brûlons toute la ferraille
Partons en flamme et en fanfare
Je promène sur ton corps mes pattes de fourmi
Et les yeux des poissons roulés dans la farine
Nous regardent passer dans le vaisseau vacarme
Tous nus dans leur bocal ils nagent vers la sortie
Ils nagent ils nagent en rond toujours vers la sortie

Image : Entremêlés

Pomme – ceci n’est pas une…

Pomme fruit de tous les mystères, objet des plus puissantes manipulations de la magie des druides à celle des obtenteurs en passant par le destin biblique qui condamne la bouche et interdit le fruit. Chair à manger. Exquises banalités. Chose-fruit tellement évidente, si transparente en effet qu’elle a été considérée ou plutôt traitée au propre et figuré, ces dernières temps avec bien peu d’égard pour toute la subtilité qu’elle renferme en puissance…or, ayant récemment trouvé un accès direct aux arbres, voilà que me nait une passion pour son cœur-corps étoilé. Coupez là par son milieu et vous verrez les cieux !

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« Tous chercheurs » ou la quête du dragon d’eau douce

Quel liens peut on dessiner entre l’univers chevaleresque et celui de la recherche scientifique ? Ne serait-ce pas, peut-être…la quête de vérité ?

« Tous chercheurs » est un projet pédagogique qui permet de jouer – mais sérieusement – au scientifique,  dans une installation équipée « comme un vrai » labo de biochimie. Animée par des médiateurs, la petite école est installée à Vittel, station thermale de haut renom. Elle fait découvrir aux ados la démarche scientifique en les immergeant pour des stages de quelques jours dans le monde de l’étude des relations entre eau et environnement. A « tous chercheurs », ce sont donc les jeunes qui posent les questions…et qui trouvent les réponses.

Lancée à Marseille avec l’INSERM il y a une dizaine d’années, l’initiative a essaimé en Lorraine. Là trois lieux ont vu le jour depuis 2016, à Metz, Nancy, et Vittel. A Nancy c’est l’INRA qui est aux manettes pour travailler sur les sciences forestières. Sous tutelle de l’association La Vigie de l’Eau, le laboratoire Tous Chercheurs de Vittel propose des stages autour du thème de l’eau et de l’environnement. Ce sont des médiateurs professionnels mais aussi et surtout des doctorants qui encadrent les stages. Face aux enfants, ils n’ont pas le droit de donner de réponses. Ce sont les jeunes qui cherchent, avec les moyens à leur disposition. Ils ne transmettent pas un savoir mais une méthode d’interrogation du réel.

Les enfants « se mettent dans la peau des chercheurs ».

Cela renvoie d’abord à la démarche d’enquête. Comme une intrigue, elle commence par une situation initiale : ici, une rivière avec des poissons morts qui flottent à la surface. Une anormalité, u mystère à éclaircir. Et donc, une question. A partir d’une situation qui leur est proposée, et d’un premier point d’interrogation, les enfants sont amenés à reformuler progressivement la question pour arriver à la démarche d’enquête : le premier mystère est évident : « pourquoi les poissons sont-ils morts ? ». A partir d’une série d’indices, il amène progressivement à une prise plus précise : « d’où vient la pollution de la rivière ? ». Enfin, un angle se dessine, la question trouve sa cible : « est-ce que les engrais azotés peuvent polluer une rivière au point d’y faire mourir les poissons, et à quelles conditions ? » Nous voici avec une question articulée. Il va être possible d’y répondre en employant des instruments d’exploration du réel…

Apprendre à frayer…avec l’angoisse et les problèmes du temps présent

Faisons ici une parenthèse. Pourquoi traiter d’un sujet aussi glauque, négatif, anxiogène ? Pourquoi ne pas traiter de façon générale de la biochimie des rivières ? C’est que la démarche scientifique telle qu’elle est présentée à Vittel n’est pas coupée de son contexte…un rôle important. En effet la question de la pollution de l’eau aux nitrates a été en effet à l’origine de l’installation d’un partenariat, il y a plusieurs dizaines d’années, entre des chercheurs de l’INRA, l’entreprise qui utilise cette ressource, les agriculteurs du périmètre concerné. Des travaux de recherche qui ont marqué l’histoire – la première « directive nitrate » en découle directement – ont vu le jour à partir de ce problème très concret et localisé : un excès de nutriments lessivés depuis les champs jusqu’aux cours d’eaux et aux nappes phréatique, déséquilibrait les écosystèmes aquatiques et aussi, rendait l’eau minérale invendable.

Avec la vigie de l’eau, l’initiation à la démarche scientifique forme donc aussi un moment éducatif en un double sens : il entre à la fois dans le champ de la médiation scientifique et de l’éducation à l’environnement… Dont on pourra discuter si le moment s’y prête ou pas. Sur ce sujet les avis divergent et pour ma part je ne trancherai pas.

L’eau à la loupe : la démarche expérimentale

Revenons à présent au chemin qui va de la rivière à la paillasse. A partir d’un problème, sont posées les premières briques de la démarche scientifique : de l’art de transformer et spécifier une question de manière à pouvoir y répondre en prélevant dans le monde réel des informations. Ici cela sera fait à l’aide d’une démarche particulière, la démarche expérimentale, qui permet de reproduire le système étudié en laboratoire afin d’en saisir les mécanismes de fonctionnement.

Après l’affutage du pourquoi, vient donc le comment, et l’enquête devient quête. Quête de données, qui permettront de faire la lumière sur les eaux sombres du cours d’eau où s’accumulent les nutriments lessivés depuis les sols des prairies alentour.

Comme des chevaliers partant à la caverne au dragon, les chercheurs en herbe ont besoin d’une armure, autrement dit, d’outils : le décor, le costume enrichissent donc le jeu de rôle, encadrent aussi l’enquête. La blouse blanche, la paillasse, la verrerie, la centrifugeuse. Les réactifs. Et puis la propipette, cet ustensile qui ressemble à un gros stylo bille et permet de mesurer de minuscules quantités de liquides.

Ces objets dessinent un archétype du laboratoire : celui qu’on voit dans les livres d’images, dans les Légos, les Playmobils, et aussi dans la plupart des médias. On s’attendrait presque à voir un placard plein de perruques grises et de paires de lunettes cerclées d’or. Ce sont les « signes » et les insignes d’une activité professionnelle qui reste prestigieuse, comme l’épée et l’armure sont l’apanage du chevalier.

Si j’ai parlé du dragon ce n’était pas juste par nostalgie. En effet plusieurs philosophes très sérieux utilisent cette image pour parler d’une idée bien particulière : l’incertitude. Et que demande-t-on aux sciences si ce n’est de réduire l’incertitude, de l’apprivoiser, ou bien plutôt, de lui couper la tête ?

En s’installant dans un laboratoire de biochimie, le dispositif « Tous chercheurs » donne l’occasion de découvrir le jeu avec l’incertitude selon un angle précis : celui de la démarche expérimentale, une réflexion appuyée sur l’observation instrumentée et quantifiée de l’environnement.

Il y a d’autres façons de traiter avec l’incertitude en sciences, néanmoins. Et cette démarche pédagogique active pourrait ici trouver des enrichissements. Au laboratoire où je travaille par exemple, les seuls instruments que nous côtoyons sont les ordinateurs, les serveurs – et toujours du papier, des stylos… Car mes collègues sont pour la plupart ce qu’on appelle des « modélisateurs ». Ils travaillent à partir de grandes bases de données collectées de manière décentralisée. Et pour y comprendre quelque chose, ils produisent des modèles, des simulations – ils travaillent à l’interface entre monde réel et monde virtuel, réalité augmentée via une démarche de démultiplication qui permet de dessiner des scénarios, autrement dit des prolongements dans le futur, de les éprouver, et ainsi de nous aider à comprendre le monde réel et les phénomènes actuels. Et puis il y a ce qu’on appelle les démarches qualitatives d’enquête, essentiellement présentes en sciences sociales, géographie, histoire, sociologie, ethnologie. Elles s’appuient sur des dialogues, des témoignages, sur des textes, des archives…

La découverte de la démarche scientifique par immersion a donc tout intérêt à élargir aussi ses ailes au-delà de l’expérimentation à l’échelle moléculaire, pour mettre en avant la diversité des outils à notre disposition pour chercher à comprendre collectivement, avec rigueur et pertinence, le monde qui nous entoure.

« Tous chercheurs » est un projet pédagogique qui permet de jouer – mais sérieusement – au scientifique,  dans une installation équipée « comme un vrai » labo de biochimie. Animée par des médiateurs, la petite école est installée à Vittel, station thermale de haut renom. Elle fait découvrir aux ados la démarche scientifique en les immergeant pour des stages de quelques jours dans le monde de l’étude des relations entre eau et environnement. A « tous chercheurs », ce sont donc les jeunes qui posent les questions…et qui trouvent les réponses.

Lancée à Marseille avec l’INSERM il y a une dizaine d’années, l’initiative a essaimé en Lorraine. Là trois lieux ont vu le jour depuis 2016, à Metz, Nancy, et Vittel. A Nancy c’est l’INRA qui est aux manettes pour travailler sur les sciences forestières. Sous tutelle de l’association La Vigie de l’Eau, le laboratoire Tous Chercheurs de Vittel propose des stages autour du thème de l’eau et de l’environnement. Ce sont des médiateurs professionnels mais aussi et surtout des doctorants qui encadrent les stages. Face aux enfants, ils n’ont pas le droit de donner de réponses. Ce sont les jeunes qui cherchent, avec les moyens à leur disposition. Ils ne transmettent pas un savoir mais une méthode d’interrogation du réel.

Les enfants « se mettent dans la peau des chercheurs ».

Cela renvoie d’abord à la démarche d’enquête. Comme une intrigue, elle commence par une situation initiale : ici, une rivière avec des poissons morts qui flottent à la surface. Une anormalité, u mystère à éclaircir. Et donc, une question. A partir d’une situation qui leur est proposée, et d’un premier point d’interrogation, les enfants sont amenés à reformuler progressivement la question pour arriver à la démarche d’enquête : le premier mystère est évident : « pourquoi les poissons sont-ils morts ? ». A partir d’une série d’indices, il amène progressivement à une prise plus précise : « d’où vient la pollution de la rivière ? ». Enfin, un angle se dessine, la question trouve sa cible : « est-ce que les engrais azotés peuvent polluer une rivière au point d’y faire mourir les poissons, et à quelles conditions ? » Nous voici avec une question articulée. Il va être possible d’y répondre en employant des instruments d’exploration du réel…

Apprendre à frayer…avec l’angoisse et les problèmes du temps présent

Faisons ici une parenthèse. Pourquoi traiter d’un sujet aussi glauque, négatif, anxiogène ? Pourquoi ne pas traiter de façon générale de la biochimie des rivières ? C’est que la démarche scientifique telle qu’elle est présentée à Vittel n’est pas coupée de son contexte…il y joue un rôle important. En effet la question de la pollution de l’eau aux nitrates a été à l’origine de l’installation d’un partenariat, il y a plusieurs dizaines d’années, entre des chercheurs de l’INRA, l’entreprise qui utilise cette ressource et les agriculteurs du périmètre concerné. Des travaux de recherche qui ont marqué l’histoire  ont vu le jour à partir de ce problème très concret et localisé : un excès de nutriments lessivés depuis les champs jusqu’aux cours d’eaux et aux nappes phréatique, déséquilibrait les écosystèmes aquatiques et aussi, rendait l’eau minérale invendable. La première « directive nitrate » découle des enquêtes menées en ces lieux. Il faudra reparler plus tard des rapports de pouvoirs au coeur du partenariat entre les différents protagonistes cités plus haut. Mais cela ne change rien aux conséquences sur la qualité de l’eau : elle est meilleure qu’avant !

Avec la vigie de l’eau, l’initiation à la démarche scientifique forme donc aussi un moment éducatif en un double sens : il entre à la fois dans le champ de la médiation scientifique et de l’éducation à l’environnement… On pourra discuter si le moment se prête ou pas au mélange. Sur ce sujet les avis divergent et pour ma part je ne trancherai pas.

L’eau à la loupe : la démarche expérimentale

Revenons à présent au chemin qui va de la rivière à la paillasse. A partir d’un problème, sont posées les premières briques de la démarche scientifique : de l’art de transformer et spécifier une question de manière à pouvoir y répondre en prélevant dans le monde réel des informations. Ici cela sera fait à l’aide d’une démarche particulière, la démarche expérimentale, qui permet de reproduire le système étudié en laboratoire afin d’en saisir les mécanismes de fonctionnement.

Après l’affutage du pourquoi, vient donc le comment, et l’enquête devient quête. Quête de données, qui permettront de faire la lumière sur les eaux sombres du cours d’eau où s’accumulent les nutriments lessivés depuis les sols des prairies alentour.

Comme des chevaliers partant à la caverne au dragon, les chercheurs en herbe ont besoin d’une armure, autrement dit, d’outils : le décor, le costume enrichissent donc le jeu de rôle, encadrent aussi l’enquête. La blouse blanche, la paillasse, la verrerie, la centrifugeuse. Les réactifs. Et puis la propipette, cet ustensile qui ressemble à un gros stylo bille et permet de mesurer de minuscules quantités de liquides.

Ces objets dessinent un archétype du laboratoire : celui qu’on voit dans les livres d’images, dans les Légos, les Playmobils, et aussi dans la plupart des médias. On s’attendrait presque à voir un placard plein de perruques grises et de paires de lunettes cerclées d’or. Ce sont les « signes » et les insignes d’une activité professionnelle qui reste prestigieuse, comme l’épée et l’armure sont l’apanage du chevalier.

Si j’ai parlé du dragon ce n’était pas juste par nostalgie. En effet plusieurs philosophes très sérieux* utilisent cette image pour parler d’une idée bien particulière : l’incertitude. Et que demande-t-on aux sciences si ce n’est de réduire l’incertitude, de l’apprivoiser, ou bien plutôt, de lui couper la tête ?

En s’installant dans un laboratoire de biochimie, le dispositif « Tous chercheurs » donne l’occasion de découvrir le jeu avec l’incertitude selon un angle précis : celui de la démarche expérimentale, une réflexion appuyée sur l’observation instrumentée et quantifiée de l’environnement.

Il y a d’autres façons de traiter avec l’incertitude en sciences, néanmoins. Et cette démarche pédagogique active pourrait ici trouver des enrichissements. Au laboratoire où je travaille par exemple, les seuls instruments que nous côtoyons sont les ordinateurs, les serveurs – et toujours du papier, des stylos… Car mes collègues sont pour la plupart ce qu’on appelle des « modélisateurs ». Ils travaillent à partir de grandes bases de données collectées de manière décentralisée. Et pour y comprendre quelque chose, ils produisent des modèles, des simulations – ils travaillent à l’interface entre monde réel et monde virtuel, réalité augmentée via une démarche de démultiplication qui permet de dessiner des scénarios, autrement dit des prolongements dans le futur, de les éprouver, et ainsi de nous aider à comprendre le monde réel et les phénomènes actuels. Et puis il y a ce qu’on appelle les démarches qualitatives d’enquête, essentiellement présentes en sciences sociales, géographie, histoire, sociologie, ethnologie. Elles s’appuient sur des dialogues, des témoignages, sur des textes, des archives…

La découverte de la démarche scientifique par immersion a donc tout intérêt à élargir aussi ses ailes au-delà de l’expérimentation à l’échelle moléculaire, pour mettre en avant la diversité des outils à notre disposition pour chercher à comprendre collectivement, avec rigueur et pertinence, le monde qui nous entoure.

*Voir par exemple Tim Ingold, 2013. Marcher avec les dragons. Zones sensibles

Image : Entremêlés

Quand on parle de sciences en Bretagne…

Chronique de rentrée pour Le miroir des sciences, Aligre Fm. 5 octobre 2017. Emission animée par François Legrand

Quand on parle de sciences en Bretagne, quelques images viennent à l’esprit et s’entrechoquent…

Si on place les traits saillants pour les sciences du territoire Breton sur une frise temporelle on peut remonter fort loin : 500 millions d’années, pour vivre l’érection du massif armoricain, 5000 ans avant notre ère, pour voir se dresser les 3000 menhirs de Carnac et autres mégalithes de la civilisation néolithique. Et puis 50 ans, pour voir peu à peu s’ériger les fleurons du secteur agroalimentaire et le modèle breton d’une agriculture industrielle aujourd’hui sujet à controverse. Dans l’édition 2017 de la fête de la science on retrouve ces moments forts de l’histoire de la Terre et bien d’autres. La Bretagne est un territoire aux visages multiples. De la forêt de Brocéliande au terminal soja du port de Brest, elle n’a pas fini de nous réserver des surprises. Voici donc un tout petit aperçu des acteurs et des thèmes de la fête de la science à l’Ouest du pays…

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