Correspondances (académiques)

Note introductive : ce texte parle du parcours des jeunes chercheurs, et des difficultés de travailler dans une atmosphère coopérative et un minimum sereine, pendant et après le doctorat. Il est critique. Mais il ne s’agit pas de mettre les personnes individuellement en cause, ni de régler aucun compte. J’ai été pour ma part mieux entourée que la moyenne, peut-être, même si personne n’est parfait, et j’ai aussi mes propres travers. C’est une analyse en écho d’une réflexion collective, elle repose sur un ensemble de discussions partagées avec des camarades, amis, collègues, au fil des ans, je les en remercie. Allons-y.

Dans mon travail et ma vie quotidienne, j’ai un horizon en tête : participer à la prise en charge responsable et équitable de nos milieux de vie. Et nous sommes nombreux dans ce cas. C’est un large horizon, de quoi occuper toute une vie et persister à se sentir poussière.

On dit qu’il y a un chercheur pour chaque grain de sable sur la plage. Grain de sens parmi les autres grains. Alors j’ai longtemps vu le statut de chercheur comme un bon moyen pour rouler vers mon horizon, cette marée montante, celle des futurs possibles. Dit autrement, un bon moyen pour travailler à la mise en commun des ressources et des savoirs sur l’environnement, pour en prendre mieux soin. Cela semblait logique. Mais ça ne l’est pas. Continuer la lecture de « Correspondances (académiques) »

Art et science de la vie synthétique

A écouter le 22 juin prochain à 20h. Ma chronique mensuelle au Miroir des Sciences, sur Aligre FM  !  Merci à François Legrand pour l’invitation.

Qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que le vivant ? Ou commence-t-il ? Ou s’arrêtent-ils, les êtres vivants ? Jusqu’où est-il possible d’intervenir sur le monde vivant ? Jusqu’où est-ce raisonnable ? Aujourd’hui, nous vous proposons quelques considérations autour d’une nouvelle pratique de laboratoire nommée « biologie de synthèse », qui se donne comme horizon de fabriquer des nouveaux êtres vivants artificiellement.

Fabriquer un être vivant : n’y a-t-il pas là un genre de contradiction ?

En effet,  par définition, les êtres vivants se reproduisent d’eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin justement qu’on les fabrique. Ils s’opposent en cela aux artefacts, aux choses faites, aux objets que les humains façonnent. Pourtant, notre espèce – car nous sommes, nous même, des êtres vivants – transforme depuis longtemps et profondément les milieux de vie qu’elle a colonisé, pensons par exemple à la chasse des grands herbivores, mammouths, aurochs et d’autres, au paléolithique. Puis vint la domestication : nouvelle étape. Elle entraîne par sélection la formation de nouvelles lignées végétales et animales, veaux, vaches, cochons. Les mains humaines façonnent les êtres sur le temps long en jouant avec les mécanismes de l’évolution.

Et les biotechnologies, où les placer dans cette histoire ?

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Le corps de la ville vacille

En ombre, aux vitres, trois pas devant
Des personnages se tendent la main
Se passent la parole.

Sous terre s’entrelacent plusieurs respirations.
Le récit d’une colère ancienne et profonde
venue s’échouer par la récitation,
s’épuiser là sous la peau de l’homme pierre.

Vestige
Vertige
Vieilles douleurs.

La ville s’est vidée de son eau, se dilue dans les vagues.
Le corps de la ville se dissocie sans cesse.

L’éclat de la coque du navire vacille.

Le temps stroboscopique ramène, de bribe en bribe, les peurs accumulées.
Temps de bête acculée au pied d’un mur noir.
Qui laisse pousser de grandes ailes de nuit pour effacer l’image.

Que cela s’effondre, enfin, que cela s’enfonce dans le sable.
Que ce qui tenait droit s’effrite, se défasse des liens.
Qui enserraient, laçaient, lacéraient.
La gorge, le cou, les reins, les pieds.

A l’intérieur de l’homme refuge
La patience du regard a repéré les brèches,
Par où cela s’écoule.
Par où cela respire.

Avoir prise : l’atelier paysan

L’atelier paysan est une coopérative. Une coopérative qui ne vend ni grain, ni vin, ni huile…ni contrat d’assurance. Cette coopérative là, son horizon est le suivant : faire la promotion de l’auto-construction de matériel agricole. Depuis deux ans elle organise des rencontres annuelles. Moments d’apprentissage intense, sur quelques jours regroupés à la ferme. Au menu : initiation aux techniques de travail du métal, ateliers de bricolage de machines pour ceux qui s’y connaissent déjà, débats et conférences, dégustation de vins, concerts.

L’année dernière en 2016 la première édition a rassemblé quelques centaines de mains, de têtes et de pieds dans le coin de Cluny. Première rencontre pour moi avec la forge, l’arc à souder. Rencontre avec un mode d’apprentissage qui agit tout le corps entre maniement des machines et pensées qui s’assemblent. Changement de terreau pour l’urbaine de souche. Je m’intéresse aux questions agricoles, je peux en discuter longtemps mais je n’ai jamais rien fait pousser de comestible. En pratique je n’y connais pas grand-chose. Je n’ai jamais eu de potager, même pas sur mon balcon, je n’ai jamais eu de balcon. J’ai toujours vécu en appartement et je ne sais pas faire pousser autre chose que les plantes tropicales qui supportent la vie confinée des bords de fenêtres. Alors les machines agricoles… Continuer la lecture de « Avoir prise : l’atelier paysan »

La vie secrète des arbres : quand les forêts parlent et pensent

Jeudi 27 avril 2017, 20h. La chronique mensuelle au Miroir des Sciences, sur Aligre FM  !  Merci à François Legrand. Aujourd’hui un contrepoint végétal à l’histoire de la physique des particules. Un point commun entre plantes, électrons et positrons ? On ne les voit pas bouger !

Ces derniers temps de nombreux livres sont venus élargir nos perspectives sur les arbres et les forêts : Plaidoyer pour l’arbre, La vie des arbres, Un an dans la vie d’une forêt, La douceur de l’ombre…et maintenant La vie secrète des arbres. Paru cette année, c’est un livre écrit par Peter Whohlleben, un ancien forestier allemand converti à l’écologie. Déjà traduit en 32 langues, il a reçu un énorme accueil en Allemagne mais aussi aux Etats-Unis. Il arrive juste en France aux éditions des Arènes. Un livre qui nous parle d’un monde où les arbres, en quelque sorte, souffrent, parlent et pensent.

On aurait jusqu’ici sous-estimé les plantes ?

C’est le point de vue de Peter Whohlleben. Il n’est d’ailleurs ni le seul ni le premier à l’affirmer. En France c’est surtout les travaux de Francis Hallé qui ont entrepris de « réhabiliter » la flore, taxée d’infériorité vis-à-vis du règne animal en raison de son plus grand éloignement avec l’être humain, du point de vue fonctionnel et évolutif. Un effet donc, de l’anthropocentrisme, une façon de lire le monde en mettant notre espèce au centre. Un effet aussi du grand décalage de « rythme » entre les plantes et les humains qui fait qu’on ne perçoit que mal leurs « agissements » tant leur immobilité apparente nous les fait croire passives. Question de référentiel donc : à l’échelle humaine, les mouvements, voire les intentions, qui animent les plantes, sont difficiles à sentir. Continuer la lecture de « La vie secrète des arbres : quand les forêts parlent et pensent »

Algorithmes et rencontres végétales

Jeudi 30 mars 2017, 20h. Retour au Miroir des Sciences, sur Aligre FM. Les chroniques à l’Agenda des cultures scientifiques se poursuivent au rythme d’une par mois  !  Merci à François Legrand.

Aujourd’hui nous parlons d’applications botaniques en partage. Alors que Tela Botanica lance une nouvelle application de découverte botanique, Smart’flore, partons retrouver sa grande sœur, PlantNet, qui inaugurait il y a quelques années la reconnaissance automatique des plantes.

C’est toujours semble-t-il une appli naturaliste d’un genre atypique. Un rêve de geek enfin en passe de devenir réel ?

 Mon premier réflexe en apprenant l’existence de PlantNet a été : encore ? C’est vrai qu’aujourd’hui des applications mobiles pour partir en ballade « équipé » il y en a autant que de pâquerettes et de pissenlits au bord des chemins. Puis j’ai lu « automatique » ! Et je me suis dit qu’il fallait aller y voir d’un peu plus près.

 Si on devait faire son portrait en deux mots ?

PlantNet, c’est un peu un hybride entre Instagram – cette appli qui permet de mettre en ligne des centaines de photos de son quotidien et disons…Tinder par exemple. Un coup de pouce aux  rencontres amoureuses pour les belles plantes croisées chemin faisant… un filtre d’amour végétal basé sur des algorithmes… Brassens ne renierait pas, peut-être, lui qui courait aussi bien les violettes que les pervenches et les pétales de rose…

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Espèces d’ours !

Jeudi 2 mars 2017, 20h. Première chronique au Miroir des Sciences, sur Aligre FM, émission consacrée à la culture scientifique et animée par François Legrand.

Un pas vers l’oral et un grand plaisir radiophonique !

Après les mouches et les araignées, les cétacés et les grands singes, c’est au tour des ours de jouer les têtes d’affiche pour l’exposition temporaire de la Grande Galerie de l’évolution.

L’exposition commence par une interpellation, au pluriel : « Espèces d’ours ! ». Ensuite, il y a trois questions qui pourraient leur être posées : Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Où allez-vous, ours ? Ou plutôt, où allons-nous ensemble ?, A défaut de leur demander de répondre eux-mêmes, le Muséum national d’Histoire naturelle a largement mobilisé la diversité des savoirs présents dans ses laboratoires et ses collections pour les faire apparaitre dans toute leur épaisseur animale. Continuer la lecture de « Espèces d’ours ! »

Europe

Mon cœur est un ancien passage
De suie les joues couvertes,
Où de grands cils chassent la glace.
Ballast, asphalte, basalte, balafres.

Depuis longtemps ça cautérise,
Mais la route ne saigne plus
Les pas d’errants l’ont tamisée
Voile d’ocre sur terre froide.

Mon cœur est un colis piégé
Les montagnes font une couronne
Aux genoux qui pleurent, qui enragent
Traversent et se dérobent,

Nageurs téléguidés
Vers le dedans d’un monde
Qui les refoule
Et avec eux se désagrège.

Mon cœur est un océan calme
Voile blanc sur l’œil de la marée
Espace clair et clément,
Rives sensibles à parcourir,
Où se cueillent les appâts perdus.

Alimentation – excrétion

Ce texte, qui évoque la question du métabolisme urbain, forme le premier épisode de la série Dérives. Cette série est dédiée à une compréhension non linéaire des phénomènes écologiques. Une explication plus précise de la méthode viendra plus tard.

Pour l’instant contenons nous de traverser, laissons-nous traverser.

Le corps de la question

L’alimentation est connotée positivement et l’excrétion, négativement. Ainsi les réflexions concernant le métabolisme urbain sont prises dans l’asymétrie qui enserre les fonctions nutritives du corps dans une flèche unique de la bouche à l’anus. Dans ce contexte comment avancer sereinement vers l’idée de recyclage des résidus humains, urine, fèces, pourtant essentiel à une insertion moins problématique des activités humaines dans les grands cycles biogéochimiques ?

A ce propos Fabien Esculier, responsable du projet de recherche OCAPI (Optimisation des cycles carbone, azote et phosphore en ville) se pose une question : Est-il possible de mettre un mot sur l’ensemble de ces flux qui traversent le corps et le relient matériellement au milieu dans lequel il évolue ? Quelles pourraient être les implications éthiques de la diffusion d’une telle perspective ? Nous y avons réfléchi ensemble en nous alimentant tous les deux de concert un midi froid d’hiver. Plus tard en digérant, l’écrit a pris le relai. La suite viendra peut-être dans un prochain épisode de la série « Dérives ».

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