Déplacement

Je suis en déplacement.

Le firmament, ballon d’eau chaude, déverse sur nos têtes, cette certitude, propre, lisse, transparente, prompte à tromper pourtant : Un litre de pétrole vaut cent-vingt chevaux vivants. Mais dans son ombre une énigme persiste… combien de chevaux morts faut-il pour fabriquer un litre de cette essence que l’on injecte dans les moteurs à explosion ? Et s’il en fallait beaucoup plus ?

Pétrole et gaz : ces traces de vies passées, que l’on se contente à présent de brûler. Pour calfeutrer cela tout autour a été dressé, un immense édifice, un incinérateur, un bûcher, un vaisseau de tôle et de béton. Dans l’épaisseur du mur aveugle, est ménagée une niche où nous nous sommes terrés, là tout près du feu. Ainsi cela s’échappe en toile de fond, souffle à souffle, le temps vécu écharpé, mis au pas. Et le désert tout autour s’étend.

N’hésitez pas à me laisser un message.

Pendant que pétrole, gaz et autres jus de corps concentrés brûlaient, je suis, moi, partie faire un tour en voiture. N’hésitez pas à me recontacter, dès que j’aurais remis la clé en contact avec le mécanisme qui permet d’allumer le moteur de la boîte à pédales, la machine à coudre, les paroles aux actes. En attendant, qu’il m’emmène au loin, et vers un vide bien mérité, ce petit orgue d’une tonne à quatre places dont trois vides, ce petit orgue à quatre pattes qui vrombit le long des fossés.

Je vous recontacterai dès mon retour.

Combien faut-il d’épaules, contre épaules, serrées, tressées ensemble par les bras, pour peser contre cette grande carcasse ? Il en faut beaucoup. Il en faut beaucoup pour donner forme ensemble au casque du grand scarabée. A la massue puissante, au bélier qui avance et pousse et cogne. Mais nous sommes déjà dans la paroi. Et à force d’y mettre des coups de boutoir, cela se fissure. Voyez comme cela se fissure…