Ligne

Une patte qui cligne, une canne. Un doigt. Un fil à perdre. Une trace à suivre.

Une ligne rouge à recoudre en pointillé sur le milieu du dos le long de la colonne du tissu qui couvre cette femme qui marche devant moi.

A quelques pas vers la bouche du métro, elle marche, vers la béance qui d’ici quelques instants nous avalera toutes les deux. Il nous faudrait peut-être un hameçon, crocheté dans la laine qui couvre la peau du crâne, de la nuque et des épaules, par temps froid De quoi nous repêcher depuis les profondeurs, un jour, avant qu’il se mette à serrer les mâchoires trop fort.

Le tunnel, toutes nous avale, nous déglutit jusqu’à destination. Alors, deux chevelures frisées en pyramide sortent du wagon par la porte à peine éclose. En un souffle pneumatique, elles s’engouffrent vers une colonie d’immeubles moules, agrippées en grappes à l’une des roches logées en pointe dans l’une des boucles du fleuve.  Alors, recevant le flot d’air, une enfant hurle, ne pouvant plus rien contenir de plus que cet air du dehors qui s’engouffre dans son dedans. Elle déclame d’une voix croissante comme une clé rayant la carrosserie d’une voiture, son désir frénétique d’arriver au parc d’attraction. L’accordéon assène son refrain assassin : « c’était le temps d’avant… » Pas cadencé. Mémoires cadenassées vers l’assouvissement de pulsions simples et droites. Sel et sucre, vitesse et lumière. Un monde merveilleux manège qui tourne, tourne toujours plus vite.

Image : entremêlés d’après F. Picabia, Machines, tournez vite !

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