L’allée de l’au-delà de l’eau

Après le pont s’ouvre un passage terreux bordé de lianes de toute sorte. Comme elles se tressent les unes aux autres, elles n’ont plus besoin des murs pour grimper. Cela tombe bien parce les murs se sont pour la plupart, depuis longtemps écroulés. Reste, au fond de cette impasse un toit de tuiles plates que l’on aperçoit au pied d’une immense glycine. Exception à l’autonomie, celle-ci grimpe dans un marronnier. Et là, il y a quelqu’un qui veille. Là vit un être aux contours indéfinissables, sans cesse changeants. Quelque part entre la femme et la plante grimpante. Elle habite, la plupart du temps, dans le creux d’un tronc. Une mèche d’amadou véritable lui traverse le front. Elle puise dans le silence des petits poissons et des baies charnues qu’elle fait cuire au brasero de ses lèvres. Elle les mange ensuite, savourant chaque miette de chair, chaque goutte de sève. Parfois elle les partage avec qui passe par-là sur le moment, à condition bien sûr que l’être lui soit sympathique. Il arrive même qu’elle ait envie qu’il s’attarde, le voyageur, qu’il fasse une sieste sous le reste de rebord de toit. Quel délice, se dit-elle alors, que de mêler son souffle à une autre respiration que la sienne.

Un jour arrive un bûcheron. Il porte un souple costume de toile. Au sommet de sa tête est un chapeau melon. Bottines, bretelles, nœud papillon. Tout cela en camaïeux de noir et blanc. Drôle de tenue pour aller couper du bois. On dirait plutôt un mime, un élégant homme de scène. La hache à la ceinture et sifflotant dans sa barbe, c’est pourtant bien à cette tâche qu’il a l’air parti pour consacrer les heures qui suivent…

(à suivre)

 

image : Entremêlés

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