Martin Saint des Trains Souterrains

Près de la rue des Partants se trouve une place au sol peint d’un drapeau de couleurs primaires. Un sol bombé comme une poitrine presque au sommet de la colline, au pied de la fontaine dédiée au parrain des pieds à bottes cloutées. Martin lui a donné son nom à la petite place. Nadaud. Martin se contentait d’un rang relativement humble mais tout de même héritable et notoire, puisque certains s’en souviennent encore.

C’était un simple parmi les simples, l’un de ces nains ingénieux âpres à la besogne : calculateur car il en faut pour tracer des lignes à la règle sur la carte et des tranchées dans les pentes. Il fut. Un ingénieur du bâtiment, fort impliqué, selon les premières lignes de son hagiographie, dans les grands travaux de la fin du 19ème siècle. Il fut, l’un de ceux qui rêvèrent au creusement du métro sous Paris. Et ils le firent ! Mais alors, il était déjà mort. Pour le remercier il y eu bien une station, dédiée à sa mémoire. La gratitude s’émousse vite néanmoins. De même que la postérité laissa plus de place à d’autres membres du génie aux épaulettes plus altières, mieux dorées que les siennes peut-être, de même la station consacrée à Martin, la petite crypte, est retournée dans les limbes. Le quai existe encore, pourtant. Simplement les trains ne s’y arrêtent plus et les escaliers qui montent à la surface sont occultés par un rideau d’asphalte.

A la prochaine crue de l’une des rivières invisibles de Belleville, peut-être que les infiltrations emmèneront avec elles assez de sédiments pour que quelque trottoir s’effondre et là tout au fond du puits on verra la silhouette un homme voûté assis dans l’ombre, fantôme parmi d’autres, et son ombre projetée sur le plafond au cœur d’une immense fresque ferroviaire gravée au fil des ans, patiemment, au cure-dent.

Image : musée des beaux arts de Quimper

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