L’enseignement numérique et ses facettes : MOOCeries

Chronique pour l’émission Le Miroir des sciences, Aligre.fm, 25 janvier 2018. Au choix écouter ou lire…. 🙂

Le numérique s’invite en classe par bien des entrées. Les murs, les portes, les fenêtres. Nous ne parlerons pas aujourd’hui des tableaux noirs connectés destinés, peut-être, à remplacer les ardoises. C’est le web qui nous aiguille, la grande toile tricotée de serveurs, satellites. Nous allons parler d’enseignement virtuel et plus précisément, des MOOC pour « massive open online course ».  C’est la bonne saison pour le faire.

Vous avez noté la neige, qui tombe, dehors ? Non ? Bon. Pourtant c’est l’hiver, c’est-à-dire : le temps des partiels. Les étudiants dissertent, cochent des cases, se livrent à de délicieux exercices de styles. Les enseignants se noient sous les piles de copies de plusieurs mètres de haut. C’est ça aussi, la transmission des savoirs. L’université. Ah…l’université. Institution vénérable, jadis de pierre et de bois, aujourd’hui de béton, carrelage et formica. Demain de fibre optique ?

Certains en ont assez d’attendre, de rester assis là que ce soit leur tour d’agir, de changer le monde, de gagner mieux leur croûte …! D’autres, drogués à la curiosité intellectuelle passeront leur vie sur les bancs des classes. Mais est-on obligé de rester assis en rangs sur un banc pour apprendre ? Pourquoi pas dans son canapé ? (pour paraphraser les publicités pour livraison de nourriture à domicile). Mais là n’est pas la question, aujourd’hui. Tournons la dans l’autre sens : peut-on quand même apprendre, quand on n’a pas ou plus accès aux bancs de l’école ?

A cette question, les MOOC participent à répondre. MOOC cela veut dire, « massive open online course ». Cours en ligne, ouvert et massif. Dématérialisée, démultipliée… la formation à distance, ainsi se massifie. Et du même coup s’ouvre, aussi. Les MOOC ont émergé au niveau mondial dans le courant des années 2000. Les premiers concernaient le monde du numérique lui-même ainsi que l’entreprenariat. Aujourd’hui il s’en produit sur une grande diversité de sujets, y compris la santé publique ou encore, l’agro-écologie. Nous y reviendrons.

Les MOOCs utilisent à plein le potentiel du web pour élargir la transmission des connaissances. Le principe est le suivant : ce sont des formations en ligne, largement appuyées sur la vidéo et gratuites. Certaines offrent l’accès à l’obtention d’un diplôme à condition, quand même, de faire ses devoirs et de jouer le jeu d’un échange avec une équipe enseignante. Dans ces cas là ça peut coûter des sous. Ils s’appuient sur trois fondamentaux : La notion de ressources éducatives libres, liée à l’accès gratuit ; La dimension collaborative, avec des médias sociaux, forums et plateformes d’échange ; voire échanges dans la vraie vie pour travaux de groupes. Comme par exemple…imaginer à plusieurs un projet de jardin ; Certains MOOC sont construits collectivement jusque dans leurs contenus : alors on est plus dans l’échange en réseau que dans la transmission d’un centre connaissant vers une multitude de périphéries. La démocratisation passe aussi par là. Enfin, troisième élément, la scénarisation : un MOOC ce n’est pas un morceau de Wikipedia. Les cours sont séquencés et surtout, ils obéissent à une temporalité : les cours sont livrés au compte-goutte aux personnes qui s’inscrivent. A un rythme qui permet d’absorber sans se noyer. Par exemple, sur une base hebdomadaire.

Si les portes du savoir s’ouvrent tout grand sur le web on peut alors se demander qui va encore se traîner jusqu’à la fac en plein hiver ? Certains aimeraient peut-être qu’on en vienne là. A l’heure où les facultés de médecine débordent de leurs amphithéâtres, il n’est en effet pas rare d’assister à un cours magistral dans une autre salle que celle où se dresse l’estrade. Comme quand on assiste à un concert à l’extérieur du stade. Certes, ça permet l’élargir l’audience sans doubler les effectifs de profs …Mais le jour où les MOOC remplaceront les cours en présentiel, comme on dit, ne s’est pas encore levé. Il semble que cela offre plutôt aux acteurs de l’enseignement universitaire de nouveaux publics.

Prenons l’exemple de l’agronomie : Un groupement d’instituts de recherche publique baptisé « Agreenium » Comprenant entre autre l’INRA, le CIRAD… propose depuis 2015 un cours en ligne sur l’agro-écologie. Le projet est évolutif et s’enrichit depuis de nouveaux contenus Ce MOOC s’appuie sur la plateforme France Université Numérique et comprend quatre grands chapitres : l’histoire de l’agro-écologie, les différentes approches, les mises en œuvre (comme l’agroforesterie, les cultures associées…) et le partage d’expériences. Il se présente comme un support de formation continue pour les acteurs du monde agricole, mais il convient aussi certainement très bien à d’autres publics, et même, aux chercheurs en activité qui ont comme tout le monde, évidemment,  bien des choses à apprendre.

Sur le même sujet, citons quelques autres exemples dans le monde francophone : la grande quantité de conférences en ligne proposée en Amérique du Nord par la plateforme de « Gestion agricole Canada » au Québec, et sur le continent africain, par le réseau « COMMOD Africa » dédié aux questions agricoles et d’aménagement. Le muséum national d’histoire naturel a lui son MOOC sur la biodiversité. Du côté associatif, le mouvement des Colibris a lancé le sien sur la permaculture. Et finissons par le fameux MOOC Botanique de Tela Botanica dont le succès, année après année ne faiblit pas ! Inscriptions ouvertes depuis le 15 janvier.

Ecouter l’émission du 25 janvier en entier. Le thème du jour : « D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité »

Ressources en ligne à propos de MOOC’s et agronomie :

Le MOOC Botanique de Tela Botanica

Les vidéos de Gestion agricole Canada

Les cours de COMMOD Africa

Le MOOC Agro-écologie d’Agreenium

Le MOOC « conception en Permaculture » du mouvement des Colibris

 

image : image du film Pi, Darren Aronofsky

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