Celle qui ne fut pas construite

A propos de la commémoration d’aout 2017 de la mobilisation contre la construction d’une centrale nucléaire à Plogoff à la fin des années 1970,  avec l’association « Plogoff, mémoire d’une lutte », sur la baie des trépassés.

Le cercle est largement plus grand que n’importe qui parmi nous. L’assemblée des militants, des amis et des curieux ne suffit pas à en faire le tour et pourtant comme il reste infiniment petit ce cercle, sans rivalité possible avec l’impact de toute les explosions d’atomes, civils ou militaires. Infiniment petit. Quand même ici d’autres énergies se mettent encore en commun des millions de minutes après le premier choc, ces cercles petits, s’entrelacent et s’entraînent les uns les autres comme en poulie. Comme en pluie de secondes qui s’égrènent, arcs emboités, lentille grossissante sur les moments passés. Cela fait trente ans, il faudra se souvenir encore longtemps.

Sur la plage de la baie des Trépassés nous avons fait un cercle de galets et d’algues, de pas et de silhouettes couchées, de houle tournoyante, pour célébrer l’absence, sur le plancher des vagues, de l’usine à atomes. Elle n’est pas là mais l’eau retombe et se retire à chaque marée lourde encore de la centrale.

Centrale, capitale, peine et colère. Centrale, capitale, irriguée de vies arrachées au rocher, berniques sans pierre, paysans sans terre. Centrale, capitale, la pointe du compas pour dessiner les courbes concentriques, les silhouettes s’y allongent main dans la main, comme des ombres d’oiseaux dans le ciel. Cela pourrait signifier la mort, les traces vitrifiées. Mais nous sommes vivants puisque nous sentons le soleil qui échauffe les visages. Et le sable de la baie s’éclaire de cette brûlure violente qui ici a « échoué ».

L’humain bien trop souvent pris comme cible, comme combustible. Les morts en mer et les enterrés, les éparpillés, les envolés disparus. Les navires réduits en miette. Mais parfois ils trébuchent aussi ils trépassent même les grands projets, ces mort-nés que l’on peut alors célébrer comme ce qui évitera plus tard d’avoir honte des ancêtres…ce qui n’a pas eu lieu.

 

Ce conflit-là est devenu un « abcès de fixation » comme dit l’expression dans la grosse mâchoire. La mâchoire infrastructurelle qui s’échine à rompre les fibres du tissu social, vies diverses liées aux sols, solidarités, car nous ne vivons pas encore dans des montgolfières… Un bouquet de services c’est bien trop peu pour fleurir les funérailles du monde que nous habitons.

Moi je ne sais rien. Ceux qui ont lutté se confient. L’énergie rassemblée ici a permis la victoire. Bonne fenêtre de tir. Ailleurs elle n’a pas encore pu répliquer son geste à l’identique, en tout cas pas dans les mêmes proportions : heureusement le séisme a eu, quand même, ses répliques. D’autres ont appris, apprennent encore, à mettre des bâtons dans la gueule du molosse en espérant qu’à force il arrête, enfin, de mordre…

Un grand merci à l’association « Plogoff, mémoire d’une lutte » pour ce moment de partage et de force, à Chritine Aube et Jean Moalic ainsi qu’à Emilie « Aux jardins d’Emilie », qui nous a guidé pour dessiner le grand mandala éphémère, comme elle dit, effet mer !

Images : Entremêlés

 

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