Big band data Bang !

Episode 1 : Le hoquet de l’octet.

Assistons ensemble à une scène, juste pour jouer. Comme un coup de pistolet dans l’eau…Ça commence et ça termine par une rengaine, chantée en sourdine et en chœur : « On n’arrête pas le progrès… » Ils ont le crâne transparent. A l’intérieur ça connecte et ça crépite.

Et puis en face, ça vocifère. Quelques voix tendres, tendues, stridentes : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? » Et le chœur de murmurer : « Ôôôôôô… les pisse-froid … »

Les quelques voix questionneuses s’avancent en réponse. Elles se dressent, elles répètent : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? ». Cette bande-là a les cheveux hirsutes. Elle scande à plusieurs, pour notre foule qui reste béate, indécise.

Elle continue sa démonstration : « Voyez le dress-code du moment : fils de cuivres et fibres optique. Comprenez bien. Il faut se câbler pour en être. C’est le Big band data bang. Le big data big bang. Le grand retour de big mama. La toute dernière grosse bertha. Un souffle sidéral à vous aspirer les méninges, les circonvolutions corticales et le tronc cérébral. Tout cela glissera bientôt en orbite numérique. 1 -2 -3. Croix de bois. 4-5-6. Tour de vis. Tournée générale ! Alors, à qui le tour ? »

En face, ceux qui ont déjà sauté le pas. Ça crépite et calcule, ça sonne pâle et ferme. Pulsations en rythmes des cyber-mentaux. Jolies lumières. Et peu à peu il devient clair qu’en leurs corps connectés, le Blob, cette créature unicellulaire géante, a pris vie autrement. Lui qui depuis des millions d’années survit toujours en se divisant, l’unité maximale du vivant, pulse là dans les réseaux enfouis dans les crânes. Les humains ont enfin trouvé leur immortalité. Alors, et vous, où en êtes-vous ? Dites, vous en êtes ?

Le blob maintenant égrène, de son invisible trompe sonore, un nouveau genre de bip-bip. C’est le compte à rebours qui commence. Bientôt, quand il arrivera à zéro, vous y serez pris, vous aussi. Ne résistez pas c’est déjà enclenché.

Voilà, vous y êtes.

Dans le fond de votre oreille, à présent, une voix se parle, une double voix, d’abord doucement puis elle s’emballe, semble trébucher, perdre les pédales. Mais elle sait où elle vous emmène. Derniers lambeaux de résistance.

« Alors ? Alors…Combien encore vont baisser le front, tomber le crâne ? Combien pour faire la somme, la bataille de la …Ralentis je ne saisis pas tout. C’est du jus d’homme au compte-goutte, c’est le fin du fin de la fin de l’intelligence en vie. A force de jouer les artificières elle s’explose à la figure. En feu les ordinateurs, les grands incubateurs. Le goûte à goûte en perfusion. Serviteurs de l’alambic à additionner, soustraire, distraire. J’y suis. 32 dents et pas une de moins. 5 doigts par main et pas un de plus…et des milliards d’hôtes épidermiques intestinaux et pulmonaire, à ne plus savoir à qui nous pourrions bien les vendre, eux. Capitalisons sur nos épithéliums tant qu’ils absorbent encore quelque chose de la bouillie informe, informelle, informationnelle. Il faut, chaque jour, c’est écrit en grosses lettres sur la boîte : déglutir la prime. Oui c’est écrit. Faites plaisir aux  chasseurs, aspirez à la paille toute la substance molle, ne laissez rien au chat des capitaux captés. Ils sauront bien où vous placer. Et faites rouler les mécaniques pour que le monde grandisse. Dans la transe par-delà les humains et les autres bêtes vivantes bien qu’un peu différentes. Et tout ce qui s’en suit… En attendant ça grippe. Le chauffagiste a de l’ouvrage. En priorité : à droite, car au rond-point le moteur du sens unique ne doit jamais caler. Sinon ça se bouscule, derrière. Montrez-moi vos données pour voir… Donnez-moi du chiffre, du code, du numéro d’abonné. Et surtout au grand surtout, cachez moi-là ce palpitant, cette chair vivante, au coffre ce qui s’échappe encore. Sinon je vous assomme avec mon fer à repasser les aspérités. Sachez que je ne mesurerai pas mes coups. Et vous l’aurez bien mérité. »

Le chœur continue sa litanie : « On n’arrête pas le progrès…… ».

Et la bande hirsute, encore se dresse : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? »

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