Algorithmes et rencontres végétales

Jeudi 30 mars 2017, 20h. Retour au Miroir des Sciences, sur Aligre FM. Les chroniques à l’Agenda des cultures scientifiques se poursuivent au rythme d’une par mois  !  Merci à François Legrand.

Aujourd’hui nous parlons d’applications botaniques en partage. Alors que Tela Botanica lance une nouvelle application de découverte botanique, Smart’flore, partons retrouver sa grande sœur, PlantNet, qui inaugurait il y a quelques années la reconnaissance automatique des plantes.

C’est toujours semble-t-il une appli naturaliste d’un genre atypique. Un rêve de geek enfin en passe de devenir réel ?

 Mon premier réflexe en apprenant l’existence de PlantNet a été : encore ? C’est vrai qu’aujourd’hui des applications mobiles pour partir en ballade « équipé » il y en a autant que de pâquerettes et de pissenlits au bord des chemins. Puis j’ai lu « automatique » ! Et je me suis dit qu’il fallait aller y voir d’un peu plus près.

 Si on devait faire son portrait en deux mots ?

PlantNet, c’est un peu un hybride entre Instagram – cette appli qui permet de mettre en ligne des centaines de photos de son quotidien et disons…Tinder par exemple. Un coup de pouce aux  rencontres amoureuses pour les belles plantes croisées chemin faisant… un filtre d’amour végétal basé sur des algorithmes… Brassens ne renierait pas, peut-être, lui qui courait aussi bien les violettes que les pervenches et les pétales de rose…

et puisque nous voici en contrées musicales, évoquons aussi Shazam, ce logiciel de détection musicale embarqué aujourd’hui bien célèbre.

PlantNet c’est un peu tout ça. Et avec plus de 6000 espèces entrées en base au fil du temps, on peut dire qu’elle a aujourd’hui fait ses preuves.

Qui dit application, dit bien sûr ordiphone : un terme que je préfère largement à smartphone ou téléphone intelligent ou pour nommer ces ustensiles de poche qui servent tout à la fois de sextan, de boussole, d’appareil photo et de terminal quasi-télépathique. Des petites antennes qui permettent de rester branché jusqu’au fin fond des forêts à la toile, et en particulier aux bases de données et moteurs de recherche en ligne.  De rester branché sur les flux d’information et de les alimenter… Or, toutes ces fonctions sont combinées dans PlantNet, qui est pleinement,  doublement interactive.

 On pourrait donc aussi dire, une appli 2 en 1 ?

 En effet, PlantNet combine deux types d’application qui sont plutôt séparées d’habitude. Les premières font entrer l’information : ce sont des applications d’aide à l’identification, comme Clé des forêts, lancée par l’Office National des Forêts, qui permet d’apprendre à lire dans les feuilles et troncs d’arbres. Elles sont comme des guides ou des clés – des clés d’identification – embarquées. Elles permettent d’éviter de partir en randonnée avec quatre gros livres différents dans son sac à dos si on veut observer à la fois les oiseaux, les plantes et les insectes par exemple.

Les secondes sont plutôt dédiées à la collecte massive et au partage d’observation.  Elles font sortir l’information. Elles sont souvent associées à des projets de sciences participatives. Sauvages de ma rue, par exemple, lancée par le MNHN et Tela Botanica permet d’aider les chercheurs à mieux comprendre la vie végétale urbaine : la vie des plantes spontanées qui poussent au pied des murs, le long des trottoirs et au pied des arbres.

Ici on combine, c’est les deux en même temps. Plus tout le monde partage, plus tout le monde apprend. Chaque identification enrichit la base qui enrichit l’apprentissage.

C’est donc de la collecte massive de photographies naturalistes à but pédagogique. Ca ce n’est pas tellement nouveau, si ?

C’est vrai que d’autres projets du même genre existent, comme le SPIPOLL (suivi photographique des insectes pollinisateurs) chasse pour collectionneurs d’insectes butineurs. Mais le SPIPOLL marche lui-aussi avec une clé. Ici la différence, c’est que c’est la base de données elle-même qui génère l’identification. La masse d’images déjà en stock. J’ai regardé tout à l’heure, il y en avait plus de 200 000. Elles sont chacune attribuées à une espèce, et classées par « organe » (feuille, fleur, fruit par exemple).

Et tout cela sert à trouver le nom de la plante qu’on a sous les yeux. Par exemple, si j’hésite entre pissenlit ou pâquerette…

 La réponse arrive grâce à un système d’identification automatique, par comparaison avec les images de la base de données. Si l’espèce est suffisamment illustrée dans la base de référence, c’est le nom botanique qui vient : le nom latin donc. Pâquerette sera donc…Bellis perennis. Et pissenlit… peut-être Taraxacum officinale. Mais il a de nombreux cousins avec lesquels il est facile à confondre…

 La reconnaissance automatique : n’est-ce pas un outil pour les paresseux ?

Peut-être. On peut se demander si le recours à la réalité augmentée n’appauvrirait pas, en retour, l’expérience de nature. Expérience à la fois sensorielle, émotionnelle, cognitive, sociale…Exit par exemple le grain du papier de la flore – le livre – dans laquelle sont glissés les tiges et fleurs séchées, souvenirs d’autres découvertes.  Exit aussi le collectif ? Ici c’est un robot qui identifie la plante : donc en théorie plus besoin de professeur ni de camarade de sortie…celui qui sait, qui montre, qui fait toucher, sentir. Autonomie maximale. Allant plus loin on peut même se demander si on apprend encore quelque chose quand c’est le robot qui cherche lui-même le nom. Qui fait – presque – tout le travail. Mais ça, seul l’usage réel peut nous le dire, il faudra aller demander aux utilisateurs.

En effet les croisements entre mondes numérique et monde naturalistes offrent bien des surprises usages et apprentissages inattendus. Une rumeur dit même que Pokemon go aurait fait le bonheur de papa et de maman ornithologue, quand leur fiston a enfin « vu » un oiseau parce qu’il volait sur l’écran derrière le petit monstre bleu qu’il était occupé à chasser…

 Qui est à l’origine de cet étrange outil de rencontre avec les plantes ?

La fondation Agropolis, avec plusieurs organismes de recherche et TelaBotanica. Tela Botanica, c’est  la toile botanique, … nom également emprunté au latin pour fédérer le réseau des botanistes francophone. L’association compte parmi ses salariés, comme vous pouvez l’imaginer… une grosse équipe d’informaticiens qui mettent les innovations informatiques au service de la mise en réseau des personnes et des connaissances …dans un esprit toujours partageur.

 

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