Espèces d’ours !

Jeudi 2 mars 2017, 20h. Première chronique au Miroir des Sciences, sur Aligre FM, émission consacrée à la culture scientifique et animée par François Legrand.

Un pas vers l’oral et un grand plaisir radiophonique !

Après les mouches et les araignées, les cétacés et les grands singes, c’est au tour des ours de jouer les têtes d’affiche pour l’exposition temporaire de la Grande Galerie de l’évolution.

L’exposition commence par une interpellation, au pluriel : « Espèces d’ours ! ». Ensuite, il y a trois questions qui pourraient leur être posées : Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Où allez-vous, ours ? Ou plutôt, où allons-nous ensemble ?, A défaut de leur demander de répondre eux-mêmes, le Muséum national d’Histoire naturelle a largement mobilisé la diversité des savoirs présents dans ses laboratoires et ses collections pour les faire apparaitre dans toute leur épaisseur animale.

Comment l’exposition rend-elle palpable le monde vu par les yeux des ours ?

Cela commence dès l’entrée de la salle. On est tout de suite entrainé en descendant les marches vers l’exposition, au sous-sol de la grande galerie. Le parti pris immersif s’établit avec des traces de pattes au sol et une ambiance sonore, qui entraine les visiteurs sur la trajectoire de l’ours. Ces traces de pattes reviennent un peu partout dans l’exposition, surtout pour inviter les enfants à grimper sur des plots pour mieux voir. Et puis l’exposition ne s’arrête pas aux portes de la salle. Les ours occupent le terrain dans le jardin et les collections permanentes. Il y a les anciennes fresques et les statues, le troupeau de squelette de la galerie d’anatomie comparée. Mais aussi une série de portraits photo grand format affichée en plein air.

L’exposition elle-même s’organise en 5 zones  autour d’un podium central. Il fait un peu penser à un carrousel. des représentants des différentes espèces s’y dressent, empaillés, Chacun dans une alcôve, comme pour un diorama, dans une image de son habitat. ours brun, ours noir, ours blanc, grand panda, ours lippu, ours à lunettes, ours à collier, ours malais (au passage le grizzli est une sous-espèce américaine de l’ours brun, joliment nommée en latin Ursus arctos horribilis).

 Le visiteur marche autour du podium, toujours sous leur regard de verre. Il rencontre sur son chemin une impressionnante diversité d’objets, costumes traditionnels, colliers de dents, armes et pièges, livres, peintures, jouets, archives de presse…disséminées entre les films, les bornes interactives et les autres supports ludiques. L’exposition prend l’allure d’un cabinet de curiosité qui met bien en valeur la part humaine des ours. A moins que cela soit l’inverse…En effet les ours habitent aussi le langage, les expressions, les prénoms.

Les sens sont aussi  mobilisés d’une manière particulière, entre représentations naturalisées, nombreuses vidéo et ambiances sonores ou se mêlent chants humains, cris et grognement animaux, bruissement forestiers. Debout dans la pénombre à côté du squelette d’ours des cavernes debout, qui mesure 3m (pour 500 kg à l’époque)  j’entends au loin des chants d’une fête de l’ours contemporaine en Catalogne. Je me projette d’un temps à l’autre.

Il est donc aussi question de différentes d’échelles de temps dans la compréhension des ours. Quelles disciplines scientifiques sont impliquées ?

En effet, à chaque temporalité correspond une façon  particulière de les comprendre :  Le premier chemin : C’est le chemin de la zoologie et de l’écologie, qui montre comment ils vivent dans leurs milieux. Omnivores pour l’essentiel aujourd’hui, les ours sont intimement liés aux forêts où ils jouent un rôle important : ils participent à la reproduction des plantes en consommant les fruits et dispersant les graines.

Second chemin, maintenant : Comprendre qui sont leurs ancêtres, leurs cousins les plus proches : la paléontologie avec l’étude des fossiles nous amène vers l’ascendance commune entre l’ours brun et l’ours blanc, cousins les plus proches parmi les ursidés, séparés il y a de cela 500 000 ans.

A quelle époque les humains entrent-ils en jeu ?

 C’est le troisième chemin : les premières traces de rencontres avec l’espèce humaine ont eu lieu il y a environ 400 000 ans, entre utilisation de dents et d’os pour divers usages, utiles ou décoratifs, et représentations picturales. Il est d’ailleurs bien difficile de saisir aujourd’hui le sens de tout cela. C’est le rôle de l’archéozoologie, qui étudie les relations préhistoriques entre humains et animaux

Quatrième chemin enfin, celui de l’histoire, de l’ethnologie et de l’ethnozoologie. Elles nous parlent des pratiques et des représentations liées à l’animal. La biologie garde ici toute son importance. Par exemple, le fait que les espèces d’ours des régions tempérées hibernent leur donne une place particulière dans les mythes. Animal associé au printemps et au retour de la fertilité il fait l’objet de fêtes (pour mémoire, la chandeleur, a continué à être nommée jusqu’au 18ème « chant de l’ours » dans les campagnes françaises).

Et comment étudie-t-on les relations actuelles entre eux et nous ?

Il est assez rare aujourd’hui de croiser l’ours au coin d’un bois. On ne les montre plus tellement dans les foires avec les montreurs d’ours, métier aujourd’hui disparu. Ni à la ménagerie du jardin des plantes, où les conditions de vie ne sont plus à la hauteur de leurs besoins. Mais les ours se trouvent encore aujourd’hui mêlés à nos vies de bien des manières, des armoiries municipales aux peluches, des dessins-animés aux constellations. Dans la nature différentes menaces pèsent sur eux, liées aux activités humaines (citons la destruction des bambouseraies pour le grand panda, la fonte de la banquise pour l’ours polaire).

C’est là qu’intervient le dernier chemin, le cinquième, de l’exposition : il parle de l’avenir. L’exposition s’achève sur un cas d’étude, celui de la réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées. La situation s’expose grâce à des cartes, des frises temporelles et des graphiques. Et des entretiens avec des acteurs de terrains : un berger, une éleveuse, deux biologistes, un géographe et le maire d’une commune. Leurs témoignages se répondent, se contredisent, même. Ils montrent la diversité des points de vue sur une situation locale où il n’y a pas « l’ours » ni « l’homme » mais des hommes qui ne sont pas tous d’accord entre eux à propos des ours sur un territoire particulier.

Dans les Pyrénées il y a aujourd’hui au total une trentaine d’ours bruns. Ils sont suivis et géolocalisés. Ils portent des noms, comme « Cannelle »  ou « Papillon ». Les regards ont changé depuis les anciennes statues du jardin, comme le dénicheur d’ourson, qui les montraient sous un jour féroce et indomptable.

Une lecture à conseiller pour prolonger la rencontre ?

La revue du musée de la chasse et de la faune sauvage, Billebaude, a  consacré numéro spécial aux Ours. Il est disponible parmi d’autres ouvrages thématiques à la boutique de la Grande Galerie. Mais on peut aussi se consoler de la séparation avec un ours en peluche.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *