Son vœu le plus cher

Son vœu le plus cher était de vivre dans une bibliothèque. Mais il avait peur de vite oublier l’emplacement de la sortie.

Son vœu le plus cher était d’apprendre le nom des constellations tout en nageant le dos crawlé. Mais difficile de lire en nageant. Ou alors, avec un système de lecture spécial, accroché autour du cou comme un porte harmonica ? Malheureusement il y avait trop de vagues dans la mer. Sur un étang peut être ? Mais il aurait largement  fini de traverser avant d’avoir pu tout  apprendre.

Son vœu le plus cher était d’adopter un éléphant. Un mammouth aurait été encore mieux, pour traverser l’hiver sans fin du grand nord gelé. Mais ça n’existait plus. Ou pas encore, peut-être. Il aurait pu mettre de la laine sur le dos de cet éléphant qu’il avait vu au zoo du parc de la tête d’Or, et l’emmener avec lui mais il avait peur qu’il ne supporte pas le changement de décor, vu son état de neurasthénie avancée. Les chameaux supportaient assurément mieux le froid. Mais avait-il envie d’adopter un chameau ?

Son vœu le plus cher était de parler à cette femme souvent assise en face de lui à la cantine et de lui faire part de ses projets. Il préparait ses discours à l’avance, mais trouvait toujours un problème impossible à résoudre. Or il aurait voulu pouvoir lui proposer un avenir parfait. Ce jour-là il pensait à un grand paquebot amarré dans un de ses souvenirs :

« Mon vœu le plus cher est de vous serrer dans mes bras quelques instants sur cette plage à laquelle je pense, près du port de Tallinn, puis de marcher sur l’eau jusqu’au paquebot main dans la main et ensuite, de partir pour une croisière sans fin. Nous mangerons des croissants sur le pont et pourrons apprendre le nom des constellations. Je vous ferai la lecture. Certes il faudrait d’abord apprendre à marcher sur l’eau, mais c’est faisable je vous assure. Il faut juste mettre assez de sel dedans. Le problème c’est que si nous remplissions la mer de sel les poissons n’y survivraient sans doute pas. Et alors que mangerions-nous, une fois que nous aurions fini la provision de croissants ? »

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