Montagne

Assis sur le perron, je scrute l’horizon, l’œil concentré sur la ligne de crête. Là-bas tout se tient immobile. Le ciel est d’un bleu tonnerre. Lisse et sans une ride, au-dessus des montagnes.  Au-dessus de ma tête le ciel est du même bleu. Les martinets s’agitent et piaillent, à l’appel. Je rejoins  un instant le vol des oiseaux noirs qui ne touchent jamais terre.  Puis les laisse derrière moi, pour le point fixe à l’horizon : là où jamais rien ne change.  Là où rien ne répond. La montagne, grave, pesante, silencieuse, garde bien son secret. Comme un regard absent,  un puits noir et profond, une bouche silencieuse.

Depuis longtemps je guette l’autre côté et  je sais qu’à force de patience, bientôt elle en surgira. Chaque jour je murmure un couplet que le vent porte à la montagne.

 Ma bouche s’ouvre, voici mon chant.

Mon oreille écoute,

Mon cœur attend.

 Celle qui répondra.

Combien de jours l’attente a-t-elle duré ? Le bleu un peu plus pâle dit que le temps a passé. Dans un moment viendra le rose, peut-être, le soir tombant. Combien de temps ce jour a-t-il duré ?

Voici qu’apparait juste au-dessus du col, un amas blanc, léger, mouvant, qui cherche à passer la montagne pour venir de mon côté du monde. Timide amas de gouttelette. Une grande silhouette, qui se penche de ce côté-ci de la montagne. Entre ses doigts, elle emmène un chardon.  Voici une femme à la cueillette, la tête couverte d’un foulard pour éviter la morsure du soleil.  Voici donc celle que j’attendais.

 Le vent amène jusqu’ici son geste, son parfum, son chant.

Bientôt la pluie va tomber.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *