Chemin faisant

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Les valises avaient disparu, les affaires dans les placards aussi et avec ça le lit sans draps, et les rideaux ouverts, au petit matin. Il fallait bien l’admettre. Les parents étaient partis. Pendant un certain temps on resta toutes les deux assises sur le matelas comme neuf dans la lumière vive et puis ce fut elle qui parla la première. Moi j’avais sept ans. Je reconstruis les événements la scène et mes émotions de cette époque-là je ne m’en souviens plus si bien que ça elle me l’a raconté après, c’était un rituel entre nous pour nous serrer au coin du feu le soir, de m’expliquer ce qui nous avait mis toutes les deux ensemble, ma grand-mère et moi.

Pour prendre de la distance avec l’événement, on n’eut pas vraiment d’autre choix que de monter les escalier aussi haut que possible avec nous propres affaires et de se percher dans cette petite chambre en sous-pente, pas vraiment isolée des intempéries mais par contre à bonne distance du rez-de-chaussée de la loge de concierge familiale qu’ils avaient déserté.

J’imagine que ça leur a pris d’un coup, un matin à l’aube. Ils se sont regardé et ils sont tombés d’accord : filer ! Ou bien non, peut-être qu’ils ont échafaudé cette fuite longtemps. Dans ses moindres détails et pour surtout ne rien oublier, ni les clés sur la porte ni le mot sur la toile cirée. Ils sont partis avec les clés et sans laisser de mot. Donc on s’est retrouvées bien cloches elle et moi, enfin surtout moi. Elle est arrivée avec les croissants et un bouquet d’anémones ce matin-là : il y avait encore le vase sur la table à la toile cirée orange usée aux coins. Mais la porte était ouverte à tous les vents qui battaient dans la cour, et à tous les chats du quartier et eux ils n’avaient laissés dans la loge aucune autre trace d’eux-mêmes. Ma grand-mère a donc quand même mis de l’eau dans le vase et des fleurs dans l’eau. Puis elle est venue me réveiller doucement en me caressant la joue. C’est comme ça qu’elle me le raconte. On a emballé mes affaires dans une valise et un petit sac cabas, et elle m’a pris par la main, on est parties toutes les deux. Les fleurs sont restées sur la table.

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