Périphérique de Nantes

 

 Route déserte.

Deux paires de jambes parcourent l’asphalte, trajectoire parallèle à la glissière de sécurité.

 La scène a quelque chose du film de zombie. Qu’est-ce qui pourrait faire que les gens abandonnent en masse leur voiture au garage, à moins d’un virus extrêmement contagieux et agressif ?

 Pourtant pas de virus en vue. Les voitures ce jour-là, ont été priées de prendre un autre chemin, le temps d’une occupation itinérante de la chaussée – une manifestation. Les conducteurs laissent la place aux mégaphones, chaussures, vélos, tracteurs. Au loin marche une foule dont la rumeur se répand dans le métal, et parvient jusqu’aux deux paires d’oreilles qui ont hâte de rejoindre le cortège.

 Il fait beau.

 Un autre jour à la même heure. Frénésie des freinages intempestifs, pieds chaussés de cuir ou de caoutchouc sur pédales d’embrayage, vibrations des moteurs, émanations toxiques. Les solitaires assis au volant de leur habitacle deux roues motrices patientent, le coffre rempli de leurs envies de vacances. A bien y regarder ils n’avancent pas plus vite que les piétons de tout à l’heure, ceux qui s’acheminaient pour manifester en ces mêmes lieux contre « l’aéroport et son monde ».

 Un monde dont les embouteillages font partie intégrante. Construire plus d’infrastructures autour des métropoles en croissance ne changera rien à l’affaire. Malgré les apparences, ils ne se calmeront pas, les embouteillages, en dessinant sur les reliefs plus de routes à quatre voies, de lignes à grande vitesse ou encore, d’aéroports.

 La saturation cyclique des infrastructures de transport. Symptôme de la concentration des activités économiques dans les pôles urbains, qui s’étendent à mesure que sont prises les mesures de désengorgement. Ou de développement. Ça va de pair. Ces plans ne calment pas le jeu, simplement ils étalent l’asphalte un peu plus largement. Sur des territoires toujours plus grands. Et les monades urbaines telles des amibes géantes se répandent dans les plaines.

 …En attendant si on chantait, pour passer le temps ?

 « Dans les embouteillages, tu penses autant au temps qu’au temps
Où tu n’auras plus d’ongles et où tu te mangeras les dents
Les Harley à crédit, les Japonaises débridées
Passent entres les camions citernes et les 4L de pompiers »

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ps : je n’y étais pas moi, à cette marche, j’aurais bien aimé. Merci Hélène pour l’histoire.

chanson : Sanseverino « dans les embouteillages »

 

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