Déjà cyborgs ?

N’avez-vous pas parfois la sensation d’être un cyborg ?

 Imaginez-vous rentrant du boulot, alors que votre téléphone « intelligent » n’a presque plus de batterie, et que, soulagé, vous le branchez sur la multiprise polyvalente qui accueille déjà votre ordinateur portable, votre borne personnelle d’accès à l’internet, aussi appelée « boite » … N’avez-vous pas l’impression que c’est votre propre corps que vous branchez sur la prise ?

 C’est que le niveau de dépendance à l’ordinateur de poche rend les utilisateurs progressivement indissociables de ces objets, devenus auxiliaires de vie polyvalents. Bonne à tout faire. Ou vu autrement, pointeuse individuelle portable, qui sonne et signale à tout bout de champ.

Et ce n’est pas pour rien que les descendants des téléphones cellulaires avec accès à internet ont été appelés « téléphones intelligents ». Pour garder une légère distance on ferait mieux, peut-être, de les appeler autrement, car après tout, où se situe  précisément l’intelligence là-dedans ? Que se passe-t-il au juste ? Nous confions à nos outils de communication des fonctions intellectuelles de plus en plus variées, qu’ils assurent à notre place, grâce à leurs capacités de stockage de données, de géolocalisation, de mesure du temps, d’accès à des bases distantes stockées dans des réseaux de serveurs :

 TEMPS – ESPACE – INFORMATION

 Ainsi se faufile dans le temps présent un courant croissant d’externalisation des fonctions cognitives, au premier rang desquelles, la mémoire et l’orientation dans l’espace. Vient ensuite le suivi chiffré des moindres détails de la vie, et avec lui l’externalisation et la quantification du rapport à son propre corps et à sa santé. Et jusqu’aux performances sexuelles, pour les plus accrocs. De quoi, au travers d’une illusion de puissance accrue, perdre en fin de compte toute confiance en soi, et toute autonomie… ?

 L’autonomie, ce mot qui résonne comme une condition à la liberté d’être, désigne aussi la durée de vie des batteries. Voilà qui nous ramène avec force à ce sentiment cyborg. Cette impression fugace que c’est soi-même qu’on branche sur la prise alors qu’évidemment, c’est le téléphone-ordinateur de bord qui s’y branche. Un terminal de communication. Un objet aux contours bien clairs et situé à l’extérieur de soi.

 Pourtant, en l’examinant sous l’angle gestuel, cette dépendance accrue aux ordinateurs de poche finit par faire ressembler le lien qui nous lie à une greffe. Les signes se multiplient : passants qui ne quittent pas des yeux leur terminal même pour traverser la rue. Pochettes qui permettent de se l’accrocher  au bras le temps d’une course à pied dominicale. Et maintenant les montres avec écran de projection cutanée, qui rendent le contact permanent.

 La prochaine étape sera-t-elle celle de l’internalisation ? Réabsorbées à l’intérieur du corps physique, l’ensemble de ces fonctions cognitives pour le moment déléguées à des objets, situés à l’extérieur de nos corps, nous reviendront sous une forme bien différente de ce qu’elles étaient…avant (mais c’était quand, avant ?).  Alors nous seront bel et bien des cyborgs, produit de l’union intime de l’homme et de la machine. Ne le sentez-vous pas venir en vous à petits pas ? …

J’attends impatiemment le moment où quelqu’un se mettra directement les doigts dans la prise pour voir si cela recharge ses batteries…

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