Feu / Mer

Tout ce qui est à moi est à toi grande cigale

Brûlons par les deux bouts

Brûlons toute la ferraille

Partons en flamme et en fanfare

Je promène sur ton corps mes pattes de fourmi

Et les yeux des poissons roulés dans la farine

Nous regardent passer dans le vaisseau vacarme

Tous nus dans leur bocal ils nagent vers la sortie

Ils nagent ils nagent en rond toujours vers la sortie

 

image : M. Legrand

Le corps de la ville vacille

En ombre, aux vitres, trois pas devant
Des personnages se tendent la main
Se passent la parole.

Sous terre s’entrelacent plusieurs respirations.
Le récit d’une colère ancienne et profonde
venue s’échouer par la récitation,
s’épuiser là sous la peau de l’homme pierre.

Vestige
Vertige
Vieilles douleurs.

La ville s’est vidée de son eau, se dilue dans les vagues.
Le corps de la ville se dissocie sans cesse.

L’éclat de la coque du navire vacille.

Le temps stroboscopique ramène, de bribe en bribe, les peurs accumulées.
Temps de bête acculée au pied d’un mur noir.
Qui laisse pousser de grandes ailes de nuit pour effacer l’image.

Que cela s’effondre, enfin, que cela s’enfonce dans le sable.
Que ce qui tenait droit s’effrite, se défasse des liens.
Qui enserraient, laçaient, lacéraient.
La gorge, le cou, les reins, les pieds.

A l’intérieur de l’homme refuge
La patience du regard a repéré les brèches,
Par où cela s’écoule.
Par où cela respire.

Europe

Mon cœur est un ancien passage
De suie les joues couvertes,
Où de grands cils chassent la glace.
Ballast, asphalte, basalte, balafres.

Depuis longtemps ça cautérise,
Mais la route ne saigne plus
Les pas d’errants l’ont tamisée
Voile d’ocre sur terre froide.

Mon cœur est un colis piégé
Les montagnes font une couronne
Aux genoux qui pleurent, qui enragent
Traversent et se dérobent,

Nageurs téléguidés
Vers le dedans d’un monde
Qui les refoule
Et avec eux se désagrège.

Mon cœur est un océan calme
Voile blanc sur l’œil de la marée
Espace clair et clément,
Rives sensibles à parcourir,
Où se cueillent les appâts perdus.