Big band data Bang !

Episode 1 : Le hoquet de l’octet.

Assistons ensemble à une scène, juste pour jouer. Comme un coup de pistolet dans l’eau…Ça commence et ça termine par une rengaine, chantée en sourdine et en chœur : « On n’arrête pas le progrès… » Ils ont le crâne transparent. A l’intérieur ça connecte et ça crépite.

Et puis en face, ça vocifère. Quelques voix tendres, tendues, stridentes : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? » Et le chœur de murmurer : « Ôôôôôô… les pisse-froid … »

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Ressac

Cela se tisse toujours. Ce qui revient toujours au même, n’est pas nécessairement un cercle. Dans les tapis d’Orient les motifs emmènent l’œil et la main toujours un peu plus loin. A la surface de la peau, l’agitation, les petits pics nerveux moutonnent. Les doigts s’enfoncent un peu plus loin dans le dessin. Ils trouvent ridules et vagues, fréquences de plus en plus basses jusqu’aux plus grandes récurrences, lames de fond, séismes.

A la surface l’araignée s’attarde, sur les tempes, le bout de ses pattes mouillées me sondent, délicates, écoutent. La confusion règne en couronne et l’onde de choc se rapproche encore, promesse de submersion soudaine et définitive. Pourtant pour le moment elle s’arrête toujours avant l’impact attendu, projection transitoire, là sur l’écran qui prend un peu la lumière. Filtre temporaire. Que l’écran tombe et elle poursuit sa course jusqu’au fondu au noir. Continuer la lecture de « Ressac »

Son vœu le plus cher

Son vœu le plus cher était de vivre dans une bibliothèque. Mais il avait peur de vite oublier l’emplacement de la sortie.

Son vœu le plus cher était d’apprendre le nom des constellations tout en nageant le dos crawlé. Mais difficile de lire en nageant. Ou alors, avec un système de lecture spécial, accroché autour du cou comme un porte harmonica ? Malheureusement il y avait trop de vagues dans la mer. Sur un étang peut être ? Mais il aurait largement  fini de traverser avant d’avoir pu tout  apprendre.

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L’anguille

Au temps dont nous parlons, difficile à situer, Paris est comme une grande gorge entourée de collines. Il y a beaucoup de poissons dans le canal Saint-Martin. L’eau y coule vite et  aussi bien que dans une rivière, car les sources de Belleville et de Ménilmontant forment des cascades qui s’y déversent à l’aise. Dans le canal qui n’en est pas vraiment un, on pêche l’anguille.

 Ce jour-là, il pleut. Mandarine a mis son ciré pour aller discuter avec les pêcheurs.

Elle habite en haut de l’une des collines escarpées de la ville. Elle est installée avec sa mère dans une petite maison au bord d’une rue qui est aussi un rû c’est-à-dire un petit ruisseau, un ruisselet, où l’eau ruisselle, en émettant un léger bruit de rire d’enfant. Pour cette raison on appelle cette rue, la rue des Rigoles. Mandarine qui est une enfant très joyeuse mêle souvent son rire au rire de la Rigole.

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Proie

Ainsi transformée en gâteau à la crème d’amande, la méchanceté pourra être servie en dessert, décorée de mouches faites de grains de raisins. Ce sera délicieux…

Elle a la bouche d’une proie traquée qui se rend poison pour ne pas qu’on la mange. La bouche ronde et striée de rides. Un poisson sans mâchoire, qui suce plutôt qu’il mange, qui râpe sa nourriture. Elle ressemble de loin à ces organismes qui se nourrissent sur les cadavres de baleine, au fond de l’océan.

Mais elle est différente. Elle ne ronge pas les cadavres de baleine au fond de l’océan, elle ronge, elle, les cœurs bien vivants. C’est une rongeuse de cœur. Elle vit là sous nos pieds. Elle s’infiltre par en dessous et de biais dans le monde, par les failles plus ou moins grandes qui donnent au lieu qui bat la cadence des vies.

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Au bouleau

Les chenilles avancent en procession. Les unes derrière les autres, chacune accrochée à celle qui la précède et la suivant partout où elle se rend, il leur est impossible de décider pour elles-mêmes de leur itinéraire. La file au pas marche bien vite et s’arrêter en route voudrait dire bousculade, désordre et perdition dans la solitude.

Or il arrive que le chef de file, animé par l’espoir de gains pour lui-même, force celles qui le suivent à se rendre sur un arbre nouveau. Sa pulpe a mauvais goût mais il a appris que bien mâchée elle peut prendre une grande valeur sur le marché. Il a oublié le nom du marché. Débit/Crédit. Dits et écrits. Sur le marché des cris. Il a oublié. Une grande valeur il en est sûr. Il suffit de s’adresser aux autorités compétentes.

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Montagne

Assis sur le perron, je scrute l’horizon, l’œil concentré sur la ligne de crête. Là-bas tout se tient immobile. Le ciel est d’un bleu tonnerre. Lisse et sans une ride, au-dessus des montagnes.  Au-dessus de ma tête le ciel est du même bleu. Les martinets s’agitent et piaillent, à l’appel. Je rejoins  un instant le vol des oiseaux noirs qui ne touchent jamais terre.  Puis les laisse derrière moi, pour le point fixe à l’horizon : là où jamais rien ne change.  Là où rien ne répond. La montagne, grave, pesante, silencieuse, garde bien son secret. Comme un regard absent,  un puits noir et profond, une bouche silencieuse.

Depuis longtemps je guette l’autre côté et  je sais qu’à force de patience, bientôt elle en surgira. Chaque jour je murmure un couplet que le vent porte à la montagne.

 Ma bouche s’ouvre, voici mon chant.

Mon oreille écoute,

Mon cœur attend.

 Celle qui répondra.

Combien de jours l’attente a-t-elle duré ? Le bleu un peu plus pâle dit que le temps a passé. Dans un moment viendra le rose, peut-être, le soir tombant. Combien de temps ce jour a-t-il duré ?

Voici qu’apparait juste au-dessus du col, un amas blanc, léger, mouvant, qui cherche à passer la montagne pour venir de mon côté du monde. Timide amas de gouttelette. Une grande silhouette, qui se penche de ce côté-ci de la montagne. Entre ses doigts, elle emmène un chardon.  Voici une femme à la cueillette, la tête couverte d’un foulard pour éviter la morsure du soleil.  Voici donc celle que j’attendais.

 Le vent amène jusqu’ici son geste, son parfum, son chant.

Bientôt la pluie va tomber.

Louis Noisette

Je vis dans une maison isolée en haut d’une colline, pas trop loin du hameau de Mont-Soucis. Ce n’est pas loin mais il faut descendre et remonter de l’autre côté une grande côte pour y aller, et la même chose au retour bien sûr. Il y a une combe entre Mont-Soucis et moi. C’est un comble. Des soucis à vrai dire j’en ai peu même si avec l’âge mes genoux commencent un peu à grincer. Les soucis j’aime bien ça par ailleurs, les soucis en forme de fleur, avec leur allure de grosses marguerites oranges, j’en fais même pousser dans un coin du jardin, c’est une plante charmante. Calmante, aussi, parfaite en tisane et jolie en salade. Les soucis en forme de problème je les aime moins. Les inquiétudes. Les anxiétés. Les frissons de contrariété et les sourcils froncés.

Pourquoi donne-t-on le même nom à cette si jolie fleur et à cette vilaine grimace des sourcils ?

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Chemin faisant

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Les valises avaient disparu, les affaires dans les placards aussi et avec ça le lit sans draps, et les rideaux ouverts, au petit matin. Il fallait bien l’admettre. Les parents étaient partis. Pendant un certain temps on resta toutes les deux assises sur le matelas comme neuf dans la lumière vive et puis ce fut elle qui parla la première. Moi j’avais sept ans. Je reconstruis les événements la scène et mes émotions de cette époque-là je ne m’en souviens plus si bien que ça elle me l’a raconté après, c’était un rituel entre nous pour nous serrer au coin du feu le soir, de m’expliquer ce qui nous avait mis toutes les deux ensemble, ma grand-mère et moi.

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