L’origine de l’eau

L’eau vient des profondeurs.
Elle sourd, suinte, s’infiltre, ténue.
Se glisse entre les racines des arbres.
Puis s’accumule et s’alourdit.
Elle se fait peu à peu plus puissante,
Elle dévale les pentes et vorace avale la terre sur son chemin.
Elle y trace des sillons.
Grignote aussi de tous côtés la surface des pierres,
Jusqu’à former des galets ronds comme des billes
Brillants comme des pupilles.
Quoique.

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Martin Saint des Trains Souterrains

Près de la rue des Partants se trouve une place au sol peint d’un drapeau de couleurs primaires. Un sol bombé comme une poitrine presque au sommet de la colline, au pied de la fontaine dédiée au parrain des pieds à bottes cloutées. Martin lui a donné son nom à la petite place. Nadaud. Martin se contentait d’un rang relativement humble mais tout de même héritable et notoire, puisque certains s’en souviennent encore.

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L’ogresse

Nous serons serrés ce soir dans la cave de l’ogresse, rue des prairies qui sont loin mais des musiciens habitent sous les jupes de la dame en question, autrement dit dans ses sous-sols aux murs de briques où par rangées les tuyaux vers l’égout naviguent. Les musiciens sont des mangeurs de mots, de hanches, de tendons. Gorge, saxophone, contrebasse. En contrebandiers ils descendent de la salle à manger, de son estrade bar bricolée, et nous entraînent avec eux encagoulés de sourires à pleine joue. Ici on ferme bien la porte pour éviter que le vent éteigne le feu qui donne une odeur de bois aux vêtements, ça change des pots d’échappements. Beaucoup de verres seront vidés ce soir, de bière, de vin, de grenadine tout aussi bien, j’en connais que tous les sucres saoulent…Jusqu’à ce qu’enfin, sur un air de tcha tcha tcha dans le dernier verre d’eau, se mette à danser, par grappes, et par bouquet, les fleurs sauvages des sous-sols, grisettes à talon, pâquerettes des talus. Grands arthropodes en coton flanelle.

Image : Entremêlés

Bientôt

Jean se tient debout devant la porte de la boutique. Les montants ouvragés dessinent des joncs et de grands iris d’eau. Il attend patiemment. Il porte une barbe splendide, un peu trop abondante, un regard doux. Le soleil  en oblique sur la vitre lui masque son propre visage mais il en connait tous les contours. Sur le trottoir à pas rapide un homme passe sans le prendre en compte. En habit du dimanche. Pressé par l’urgence d’une colère le reflet brusque de l’homme dans la vitrine a disparu bien vite.

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Celle qui ne fut pas construite

A propos de la commémoration d’aout 2017 de la mobilisation contre la construction d’une centrale nucléaire à Plogoff à la fin des années 1970,  avec l’association « Plogoff, mémoire d’une lutte », sur la baie des trépassés.

Le cercle est largement plus grand que n’importe qui parmi nous. L’assemblée des militants, des amis et des curieux ne suffit pas à en faire le tour et pourtant comme il reste infiniment petit ce cercle, sans rivalité possible avec l’impact de toute les explosions d’atomes, civils ou militaires. Infiniment petit. Quand même ici d’autres énergies se mettent encore en commun des millions de minutes après le premier choc, ces cercles petits, s’entrelacent et s’entraînent les uns les autres comme en poulie. Comme en pluie de secondes qui s’égrènent, arcs emboités, lentille grossissante sur les moments passés. Cela fait trente ans, il faudra se souvenir encore longtemps.

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Big band data Bang !

Episode 1 : Le hoquet de l’octet.

Assistons ensemble à une scène, juste pour jouer. Comme un coup de pistolet dans l’eau…Ça commence et ça termine par une rengaine, chantée en sourdine et en chœur : « On n’arrête pas le progrès… » Ils ont le crâne transparent. A l’intérieur ça connecte et ça crépite.

Et puis en face, ça vocifère. Quelques voix tendres, tendues, stridentes : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? » Et le chœur de murmurer : « Ôôôôôô… les pisse-froid … »

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Ressac

Cela se tisse toujours. Ce qui revient toujours au même, n’est pas nécessairement un cercle. Dans les tapis d’Orient les motifs emmènent l’œil et la main toujours un peu plus loin. A la surface de la peau, l’agitation, les petits pics nerveux moutonnent. Les doigts s’enfoncent un peu plus loin dans le dessin. Ils trouvent ridules et vagues, fréquences de plus en plus basses jusqu’aux plus grandes récurrences, lames de fond, séismes.

A la surface l’araignée s’attarde, sur les tempes, le bout de ses pattes mouillées me sondent, délicates, écoutent. La confusion règne en couronne et l’onde de choc se rapproche encore, promesse de submersion soudaine et définitive. Pourtant pour le moment elle s’arrête toujours avant l’impact attendu, projection transitoire, là sur l’écran qui prend un peu la lumière. Filtre temporaire. Que l’écran tombe et elle poursuit sa course jusqu’au fondu au noir. Continuer la lecture de « Ressac »

Son vœu le plus cher

Son vœu le plus cher était de vivre dans une bibliothèque. Mais il avait peur de vite oublier l’emplacement de la sortie.

Son vœu le plus cher était d’apprendre le nom des constellations tout en nageant le dos crawlé. Mais difficile de lire en nageant. Ou alors, avec un système de lecture spécial, accroché autour du cou comme un porte harmonica ? Malheureusement il y avait trop de vagues dans la mer. Sur un étang peut être ? Mais il aurait largement  fini de traverser avant d’avoir pu tout  apprendre.

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L’anguille

Au temps dont nous parlons, difficile à situer, Paris est comme une grande gorge entourée de collines. Il y a beaucoup de poissons dans le canal Saint-Martin. L’eau y coule vite et  aussi bien que dans une rivière, car les sources de Belleville et de Ménilmontant forment des cascades qui s’y déversent à l’aise. Dans le canal qui n’en est pas vraiment un, on pêche l’anguille.

 Ce jour-là, il pleut. Mandarine a mis son ciré pour aller discuter avec les pêcheurs.

Elle habite en haut de l’une des collines escarpées de la ville. Elle est installée avec sa mère dans une petite maison au bord d’une rue qui est aussi un rû c’est-à-dire un petit ruisseau, un ruisselet, où l’eau ruisselle, en émettant un léger bruit de rire d’enfant. Pour cette raison on appelle cette rue, la rue des Rigoles. Mandarine qui est une enfant très joyeuse mêle souvent son rire au rire de la Rigole.

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