Un écran plat comme une limande

Pendant quelques jours j’ai cherché des images au fond de la lagune. Elles se glissent comme des ombres et se mêlent à ton reflet. Ton corps penché sur l’eau mémoire.

 Un jour

Devant une porte j’ai remarqué un écran plat qui faisait la sieste dans un fauteuil. Je suppose que, fatigué de diffuser des soupières de bouillon sans sel depuis l’angle Nord-Est d’une chambre à coucher, il s’est définitivement éteint. Digne démission. Le camion benne est venu le chercher. L’écran appartenait peut-être à un insomniaque incapable d’éteindre lui-même la boîte. Branché le jour sur une chaîne d’information en continu et la nuit, pour s’aider à dormir, sur les dessins animés.

Juste à côté de là au fond d’une cour un nuage de mousse, sol de forêt suspendu au-dessus d’une décapotable ouverte. Il n’en finit pas de prévenir qu’il va bientôt pleuvoir. La voiture, elle, attend l’orage pour partir par la grande porte, fièrement. Ne rien devoir à personne.

Quelques étages au-dessus une créature humaine rumine une herbe à la fenêtre en regardant les pigeons qui se bécotent sur le toit d’en face. Continuer la lecture de « Un écran plat comme une limande »

Zoologie des machines-outils

La petite fille articule en tendant le doigt vers le chantier en gouffre : « Regarde, maman, les tractopelles…on verra des vaches aussi tout à l’heure ? » Voici deux figures pour distraire également les enfants pendant les voyages en train. Qu’ont elles en commun, qui laissent ainsi les petites bouches béates ? D’abord, une mâchoire. Mais qui abordent différemment l’acte de mâcher. Les tractopelles sont des animaux boulimiques qui mangent la terre sans en digérer rien, elles vomissent simplement ailleurs le produit de leur mastication. Continuer la lecture de « Zoologie des machines-outils »

Pomme – ceci n’est pas une…

Pomme fruit de tous les mystères, objet des plus puissantes manipulations de la magie des druides à celle des obtenteurs en passant par le destin biblique qui condamne la bouche et interdit le fruit. Chair à manger. Exquises banalités. Chose-fruit tellement évidente, si transparente en effet qu’elle a été considérée ou plutôt traitée au propre et figuré, ces dernières temps avec bien peu d’égard pour toute la subtilité qu’elle renferme en puissance…or, ayant récemment trouvé un accès direct aux arbres, voilà que me nait une passion pour son cœur-corps étoilé. Coupez là par son milieu et vous verrez les cieux !

Continuer la lecture de « Pomme – ceci n’est pas une… »

Alimentation – excrétion

Ce texte, qui évoque la question du métabolisme urbain, forme le premier épisode de la série Dérives. Cette série est dédiée à une compréhension non linéaire des phénomènes écologiques. Une explication plus précise de la méthode viendra plus tard.

Pour l’instant contenons nous de traverser, laissons-nous traverser.

Le corps de la question

L’alimentation est connotée positivement et l’excrétion, négativement. Ainsi les réflexions concernant le métabolisme urbain sont prises dans l’asymétrie qui enserre les fonctions nutritives du corps dans une flèche unique de la bouche à l’anus. Dans ce contexte comment avancer sereinement vers l’idée de recyclage des résidus humains, urine, fèces, pourtant essentiel à une insertion moins problématique des activités humaines dans les grands cycles biogéochimiques ?

A ce propos Fabien Esculier, responsable du projet de recherche OCAPI (Optimisation des cycles carbone, azote et phosphore en ville) se pose une question : Est-il possible de mettre un mot sur l’ensemble de ces flux qui traversent le corps et le relient matériellement au milieu dans lequel il évolue ? Quelles pourraient être les implications éthiques de la diffusion d’une telle perspective ? Nous y avons réfléchi ensemble en nous alimentant tous les deux de concert un midi froid d’hiver. Plus tard en digérant, l’écrit a pris le relai. La suite viendra peut-être dans un prochain épisode de la série « Dérives ».

Continuer la lecture de « Alimentation – excrétion »