Ethno-fictions…Jean Rouch a cent ans

Chronique pour Le miroir des sciences, Aligre Fm. 30 novembre 2017. Emission animée par François Legrand.

Les sciences dans le fond, qu’est-ce-donc ? Il faut le redire. Toujours et encore, décrire le monde. Tâcher de le comprendre collectivement. De trouver là-dedans quelque chose d’universel, qui nous réunisse et nous fasse progresser ensemble, nous les humains…Or il y a mille manières de décrire le monde, mille outils pour le faire. La caméra en est un.

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Feu / Mer

Tout ce qui est à moi est à toi grande cigale

Brûlons par les deux bouts

Brûlons toute la ferraille

Partons en flamme et en fanfare

Je promène sur ton corps mes pattes de fourmi

Et les yeux des poissons roulés dans la farine

Nous regardent passer dans le vaisseau vacarme

Tous nus dans leur bocal ils nagent vers la sortie

Ils nagent ils nagent en rond toujours vers la sortie

 

image : M. Legrand

Pomme – ceci n’est pas une…

Pomme fruit de tous les mystères, objet des plus puissantes manipulations de la magie des druides à celle des obtenteurs en passant par le destin biblique qui condamne la bouche et interdit le fruit. Chair à manger. Exquises banalités. Chose-fruit tellement évidente, si transparente en effet qu’elle a été considérée ou plutôt traitée au propre et figuré, ces dernières temps avec bien peu d’égard pour toute la subtilité qu’elle renferme en puissance…or, ayant récemment trouvé un accès direct aux arbres, voilà que me nait une passion pour son cœur-corps étoilé. Coupez là par son milieu et vous verrez les cieux !

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« Tous chercheurs » ou la quête du dragon d’eau douce

Quel liens peut on dessiner entre l’univers chevaleresque et celui de la recherche scientifique ? Ne serait-ce pas, peut-être…la quête de vérité ?

« Tous chercheurs » est un projet pédagogique qui permet de jouer – mais sérieusement – au scientifique,  dans une installation équipée « comme un vrai » labo de biochimie. Continuer la lecture de « « Tous chercheurs » ou la quête du dragon d’eau douce »

Quand on parle de sciences en Bretagne…

Chronique de rentrée pour Le miroir des sciences, Aligre Fm. 5 octobre 2017. Emission animée par François Legrand

Quand on parle de sciences en Bretagne, quelques images viennent à l’esprit et s’entrechoquent…

Si on place les traits saillants pour les sciences du territoire Breton sur une frise temporelle on peut remonter fort loin : 500 millions d’années, pour vivre l’érection du massif armoricain, 5000 ans avant notre ère, pour voir se dresser les 3000 menhirs de Carnac et autres mégalithes de la civilisation néolithique. Et puis 50 ans, pour voir peu à peu s’ériger les fleurons du secteur agroalimentaire et le modèle breton d’une agriculture industrielle aujourd’hui sujet à controverse. Dans l’édition 2017 de la fête de la science on retrouve ces moments forts de l’histoire de la Terre et bien d’autres. La Bretagne est un territoire aux visages multiples. De la forêt de Brocéliande au terminal soja du port de Brest, elle n’a pas fini de nous réserver des surprises. Voici donc un tout petit aperçu des acteurs et des thèmes de la fête de la science à l’Ouest du pays…

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Big band data Bang !

Episode 1 : Le hoquet de l’octet.

Assistons ensemble à une scène, juste pour jouer. Comme un coup de pistolet dans l’eau…Ça commence et ça termine par une rengaine, chantée en sourdine et en chœur : « On n’arrête pas le progrès… » Ils ont le crâne transparent. A l’intérieur ça connecte et ça crépite.

Et puis en face, ça vocifère. Quelques voix tendres, tendues, stridentes : « Le progrès ? De quoi, pour quoi faire, pour aller où, et avec qui ? » Et le chœur de murmurer : « Ôôôôôô… les pisse-froid … »

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Correspondances (académiques)

Note introductive : ce texte parle du parcours des jeunes chercheurs, et des difficultés de travailler dans une atmosphère coopérative et un minimum sereine, pendant et après le doctorat. Il est critique. Mais il ne s’agit pas de mettre les personnes individuellement en cause, ni de régler aucun compte. J’ai été pour ma part mieux entourée que la moyenne, peut-être, même si personne n’est parfait, et j’ai aussi mes propres travers. C’est une analyse en écho d’une réflexion collective, elle repose sur un ensemble de discussions partagées avec des camarades, amis, collègues, au fil des ans, je les en remercie. Allons-y.

Dans mon travail et ma vie quotidienne, j’ai un horizon en tête : participer à la prise en charge responsable et équitable de nos milieux de vie. Et nous sommes nombreux dans ce cas. C’est un large horizon, de quoi occuper toute une vie et persister à se sentir poussière.

On dit qu’il y a un chercheur pour chaque grain de sable sur la plage. Grain de sens parmi les autres grains. Alors j’ai longtemps vu le statut de chercheur comme un bon moyen pour rouler vers mon horizon, cette marée montante, celle des futurs possibles. Dit autrement, un bon moyen pour travailler à la mise en commun des ressources et des savoirs sur l’environnement, pour en prendre mieux soin. Cela semblait logique. Mais ça ne l’est pas. Continuer la lecture de « Correspondances (académiques) »

Art et science de la vie synthétique

A écouter le 22 juin prochain à 20h. Ma chronique mensuelle au Miroir des Sciences, sur Aligre FM  !  Merci à François Legrand pour l’invitation.

Qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que le vivant ? Ou commence-t-il ? Ou s’arrêtent-ils, les êtres vivants ? Jusqu’où est-il possible d’intervenir sur le monde vivant ? Jusqu’où est-ce raisonnable ? Aujourd’hui, nous vous proposons quelques considérations autour d’une nouvelle pratique de laboratoire nommée « biologie de synthèse », qui se donne comme horizon de fabriquer des nouveaux êtres vivants artificiellement.

Fabriquer un être vivant : n’y a-t-il pas là un genre de contradiction ?

En effet,  par définition, les êtres vivants se reproduisent d’eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin justement qu’on les fabrique. Ils s’opposent en cela aux artefacts, aux choses faites, aux objets que les humains façonnent. Pourtant, notre espèce – car nous sommes, nous même, des êtres vivants – transforme depuis longtemps et profondément les milieux de vie qu’elle a colonisé, pensons par exemple à la chasse des grands herbivores, mammouths, aurochs et d’autres, au paléolithique. Puis vint la domestication : nouvelle étape. Elle entraîne par sélection la formation de nouvelles lignées végétales et animales, veaux, vaches, cochons. Les mains humaines façonnent les êtres sur le temps long en jouant avec les mécanismes de l’évolution.

Et les biotechnologies, où les placer dans cette histoire ?

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Le corps de la ville vacille

En ombre, aux vitres, trois pas devant
Des personnages se tendent la main
Se passent la parole.

Sous terre s’entrelacent plusieurs respirations.
Le récit d’une colère ancienne et profonde
venue s’échouer par la récitation,
s’épuiser là sous la peau de l’homme pierre.

Vestige
Vertige
Vieilles douleurs.

La ville s’est vidée de son eau, se dilue dans les vagues.
Le corps de la ville se dissocie sans cesse.

L’éclat de la coque du navire vacille.

Le temps stroboscopique ramène, de bribe en bribe, les peurs accumulées.
Temps de bête acculée au pied d’un mur noir.
Qui laisse pousser de grandes ailes de nuit pour effacer l’image.

Que cela s’effondre, enfin, que cela s’enfonce dans le sable.
Que ce qui tenait droit s’effrite, se défasse des liens.
Qui enserraient, laçaient, lacéraient.
La gorge, le cou, les reins, les pieds.

A l’intérieur de l’homme refuge
La patience du regard a repéré les brèches,
Par où cela s’écoule.
Par où cela respire.