Un écran plat comme une limande

Pendant quelques jours j’ai cherché des images au fond de la lagune. Elles se glissent comme des ombres et se mêlent à ton reflet. Ton corps penché sur l’eau mémoire.

 Un jour

Devant une porte j’ai remarqué un écran plat qui faisait la sieste dans un fauteuil. Je suppose que, fatigué de diffuser des soupières de bouillon sans sel depuis l’angle Nord-Est d’une chambre à coucher, il s’est définitivement éteint. Digne démission. Le camion benne est venu le chercher. L’écran appartenait peut-être à un insomniaque incapable d’éteindre lui-même la boîte. Branché le jour sur une chaîne d’information en continu et la nuit, pour s’aider à dormir, sur les dessins animés.

Juste à côté de là au fond d’une cour un nuage de mousse, sol de forêt suspendu au-dessus d’une décapotable ouverte. Il n’en finit pas de prévenir qu’il va bientôt pleuvoir. La voiture, elle, attend l’orage pour partir par la grande porte, fièrement. Ne rien devoir à personne.

Quelques étages au-dessus une créature humaine rumine une herbe à la fenêtre en regardant les pigeons qui se bécotent sur le toit d’en face. Continuer la lecture de « Un écran plat comme une limande »

L’origine de l’eau

L’eau vient des profondeurs.
Elle sourd, suinte, s’infiltre, ténue.
Se glisse entre les racines des arbres.
Puis s’accumule et s’alourdit.
Elle se fait peu à peu plus puissante,
Elle dévale les pentes et vorace avale la terre sur son chemin.
Elle y trace des sillons.
Grignote aussi de tous côtés la surface des pierres,
Jusqu’à former des galets ronds comme des billes
Brillants comme des pupilles.
Quoique.

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Zoologie des machines-outils

La petite fille articule en tendant le doigt vers le chantier en gouffre : « Regarde, maman, les tractopelles…on verra des vaches aussi tout à l’heure ? » Voici deux figures pour distraire également les enfants pendant les voyages en train. Qu’ont elles en commun, qui laissent ainsi les petites bouches béates ? D’abord, une mâchoire. Mais qui abordent différemment l’acte de mâcher. Les tractopelles sont des animaux boulimiques qui mangent la terre sans en digérer rien, elles vomissent simplement ailleurs le produit de leur mastication. Continuer la lecture de « Zoologie des machines-outils »

Martin Saint des Trains Souterrains

Près de la rue des Partants se trouve une place au sol peint d’un drapeau de couleurs primaires. Un sol bombé comme une poitrine presque au sommet de la colline, au pied de la fontaine dédiée au parrain des pieds à bottes cloutées. Martin lui a donné son nom à la petite place. Nadaud. Martin se contentait d’un rang relativement humble mais tout de même héritable et notoire, puisque certains s’en souviennent encore.

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Là où les dames…

Là où les dames jouent aux échecs,
Quand délicates elles accèdent aux rangs adversaires
C’est la logique qui se montre nue.

Là bas la main garde la dernière pièce de drap
Retenant pour elle-même l’élégance du geste,
La beauté d’une défaite qui reçoit le désir
Qui jamais ne touche, ne tient, traverse, seulement.
Le vide accueille à chaque moment quelque chose de neuf.

Manif partout

Paris, le 5 mai 2018

Nous sommes en mai. Ce n’est pas encore la fête des mères. C’est, pour aujourd’hui, et ce n’est déjà pas si mal, le premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la république française. Je ne rate jamais une occasion de faire la fête alors j’y suis allée. J’ai trouvé ça joyeux comme une course en sac, un concours de transport d’œuf à la petite cuiller. C’est-à-dire plein d’espoir quand même. Tant qu’il y aura des lignes de départ on courra. Mais je dérive déjà…Recommençons par le début. Continuer la lecture de « Manif partout »

L’ogresse

Nous serons serrés ce soir dans la cave de l’ogresse, rue des prairies qui sont loin mais des musiciens habitent sous les jupes de la dame en question, autrement dit dans ses sous-sols aux murs de briques où par rangées les tuyaux vers l’égout naviguent. Les musiciens sont des mangeurs de mots, de hanches, de tendons. Gorge, saxophone, contrebasse. En contrebandiers ils descendent de la salle à manger, de son estrade bar bricolée, et nous entraînent avec eux encagoulés de sourires à pleine joue. Ici on ferme bien la porte pour éviter que le vent éteigne le feu qui donne une odeur de bois aux vêtements, ça change des pots d’échappements. Beaucoup de verres seront vidés ce soir, de bière, de vin, de grenadine tout aussi bien, j’en connais que tous les sucres saoulent…Jusqu’à ce qu’enfin, sur un air de tcha tcha tcha dans le dernier verre d’eau, se mette à danser, par grappes, et par bouquet, les fleurs sauvages des sous-sols, grisettes à talon, pâquerettes des talus. Grands arthropodes en coton flanelle.

Image : Entremêlés

Les circuits imprimés vont se mettre au vert

Chronique du 5 avril pour le Miroir des sciences, Aligre Fm. Emission en réécoute ici.

L’apprentissage des sciences par la technique prend parfois des chemins inattendus…cap à l’ouest avec l’Open Factory de l’université de Brest et la tournée bretonne de l’Atelier paysan.

Pour introduire cette chronique je vous propose d’abord un petit retour vers le futur. Vous rappelez vous Mad Max, cette trilogie de science fiction des années 1980, avec Mel Gibson et Tina Turner ? Pour ceux qui s’en souviennent, dans cette traversée du désert post-apocalytpique, l’essence est la seule richesse qui vaille, et pour se déplacer, qui tient le pétrole tient tout. Un univers futuriste sans vaisseaux spatiaux ni intelligence artificielle, comme on dit, mais quand même, plein d’imagination ! Et c’est bien ce qu’on demande à la SF, de nous projeter dans l’avenir…D’ailleurs, ils avaient vu juste dans mad max, quand ils nous montraient comment produire de l’énergie avec du lisier de cochon…c’était dans les années 1980. aujourd’hui c’est monnaie courante…Ainsi, la SF nous parle de sciences en s’appuyant sur une mise en scène d’innovations techniques. Qui n’existent pas encore…mais qui pourraient peut-être, avec un peu d’imagination…

Et au présent alors ? L’apprentissage scientifique par l’expérimentation technique, ça donne quoi ? C’est le credo de ce qu’on appelle depuis la fin des années 1990, les fab lab. Autrement dit laboratoire de fabrication. Continuer la lecture de « Les circuits imprimés vont se mettre au vert »